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Syndicalisme et mouvement ouvrier. Partie II

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Voici la suite de notre série sur l’histoire du mouvement ouvrier. Si la grève et la coalition sont dépénalisées en 1864, la législation sur le syndicalisme reste floue. C’est vingt ans plus tard, en 1884, qu’est votée la loi légalisant les syndicats professionnels en France. C’est le début du syndicalisme légal dans ce pays. Il connaitra une rapide progression autour des décennies qui suivront.

Une progression encore supérieure à lieu dans le même temps en Allemagne, ou sont fondés de vaste syndicats liés à la social-démocratie.[1]Le terme de social-démocratie n’a pas exactement le même sens qu’aujourd’hui. Il rassemblait à cette époque différentes tendances socialistes qui œuvraient pour la prise du pouvoir d’état en vue d’établir le socialisme. Sans distinction claire des réformistes et des révolutionnaires. En Angleterre, ce sont les syndicat qui fondent le Labour party, censé les représenter au parlement.
En France,  les courants socialistes tentent bien de prendre le contrôle des syndicat, pour le subordonner au parti. Mais ils se heurtent à de fortes tendances à l’autonomie, défendue notamment par les anarchistes et les syndicalistes révolutionnaires. Ces tendances l’emporteront pour un temps.

Les deux piliers du syndicalisme en France apparaissent à peu prés en même temps.
– D’un côté des fédérations nationales de métiers ou d’industries. Comme leur nom l’indique elles organisent les ouvriers en fonction de leur différents métiers.
– De l’autre, les bourses du travail, qui organisent les ouvriers sur la base de leur situation territoriale. Ces bourses du travail servent aussi à l’origine de bourse de placement, qui négocie avec les employeurs l’embauche des ouvriers.

Naissance de la CGT

En 1895, réunit en congrès, les bourses du travail, fédérations d’industries et de métiers s’unissent. La Confédération Générale du Travail est née. Quelques années plus tard, en 1902, cette union sera renforcée par l’obligation, pour tout les syndicats de bases, d’adhérer à la fois à une fédération et a une bourse du travail.
On retrouve ce fonctionnement jusqu’à aujourd’hui dans la CGT et dans la plupart des syndicats français, avec le double schéma fédérations + union locale, départementale et régionale.

La CGT va croitre dans les années qui suivent, pour rassembler plusieurs centaines de milliers d’adhérents avant guerre. Elle mène des grèves dures, se confronte à la répression étatique et patronale. Elle voit aussi grandir en son sein une tendance rapidement majoritaire, le syndicalisme révolutionnaire (SR). Cette tendance est née de l’entrée en masse des militants anarchistes dans les syndicats, mais aussi des pratiques et aspirations des ouvriers. Elle veut faire du syndicat non pas simplement une coalition pour se vendre [2]voir première partie du dossier, mais un moyen pour abolir le capitalisme et le salariat. A la place de ce système basé sur l’exploitation, elle veut  l’association libre des producteurs. Par ailleurs, les SR voient dans le syndicat l’embryon d’organisation de la production dans la société future et dans le mouvement ouvrier l’embryon d’organisation de la société tout court.

Un contre-monde ouvrier.

Il faut dire qu’à l’époque, parler du syndicalisme ou du mouvement ouvrier, c’est évoquer tout un contre monde. On s’organise en tant que travailleur dans le syndicat et les mutuelles, mais aussi, bien souvent, en tant que consommateur dans des coopératives d’achats, en tant que participant à la vie culturelle dans des chorales, des bibliothèques…
Ce phénomène, on le retrouve aussi bien en France qu’en Allemagne ou en Angleterre.

Ce contre monde permet aux ouvriers et ouvrières de vivre moins mal. Mais aussi de construire et ressentir entraide et solidarité de classe. Il est pourtant à l’image du monde capitaliste. Il en constitue un reflet. Ainsi, chaque mode d’organisation (en tant que consommateur, travailleur, etc) est à l’image de ce que nous sommes sous le capital.

Cette contradiction, qui au bout du compte rejoint celle que nous énoncions dans la fin de la première partie, va traverser le mouvement ouvrier. Elle connaitra un premier dénouement tragique en 1914. Mais trêve de spoiler. Pour envisager la situation d’une manière un peu plus large, dans la suite de ce dossier, nous passerons de par et d’autres de la frontières entre les deux principaux protagonistes de la future première guerre mondiale : la France et l’Allemagne.

Bonus : Quelques mots sur l’AIT.

En mai 1864, la grève est dépénalisée en France. Quelques mois plus tard, suite à plusieurs échanges entres ouvriers Français et Anglais, est fondée l’association internationale des travailleurs (AIT).
A l’origine de cette fondation, on trouve donc deux premières composantes :
– Le jeune mouvement ouvrier Français, qui émerge timidement de la clandestinité. Il est composé d’ouvriers, mais aussi d’artisans, de travailleurs qualifiés.
– Le syndicalisme anglais des Trades-unions. Les syndicalistes anglais sont beaucoup plus organisés. Ils disposent de fonds de grèves conséquents. Pour eux, le développement de l’AIT vise à prévenir la concurrence internationale entre les prolétaires en améliorant et équilibrant les conditions de vie et de travail dans les différents pays.
Par ailleurs, le fond politique de ces syndicats est très modérés. L’enjeu du trade-union, comme son nom l’indique, c’est d’abord s’unir pour se vendre plus cher que quand on est isolés.

Des sections de l’AIT naitront dans de nombreux pays, et marqueront l’histoire[3]Mathieu LÉONARD, L’émancipation des travailleurs. Une histoire de la Première Internationale. du mouvement ouvrier. Cette organisation ne durera que quelques années, mais verra s’y affirmer et se confronter les différentes tendances du mouvement ouvrier. Ce sera la première tentative d’union internationale des travailleurs, par des prolétaires pour des prolétaires, à une échelle de masse. En cela fidèle à ce qu’elle avait placé en tête de ses statuts .

«  L’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

Rendez vous le jeudi 30 avril pour la suite: le mouvement ouvrier en Allemagne avant guerre.

Références et sources   [ + ]

1. Le terme de social-démocratie n’a pas exactement le même sens qu’aujourd’hui. Il rassemblait à cette époque différentes tendances socialistes qui œuvraient pour la prise du pouvoir d’état en vue d’établir le socialisme. Sans distinction claire des réformistes et des révolutionnaires.
2. voir première partie du dossier
3. Mathieu LÉONARD, L’émancipation des travailleurs. Une histoire de la Première Internationale.

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