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Le mouvement ouvrier allemand avant guerre. Syndicalisme & mouvement ouvrier #3

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Dans les précédentes parties, nous avons vu que notre classe était née de la contrainte. Celle de vendre son temps en échange d’un salaire. Nous sommes aussi revenu sur la naissance du mouvement ouvrier, notamment en France.

Mais le pays ou ce contre monde, le mouvement ouvrier, est le plus fort, c’est sans conteste l’Allemagne du début du XXe siècle. Dans ce pays, les syndicats sont sous la direction du SPD, le parti social démocrate, qui rassemble la minorité révolutionnaire de R. luxembourg et K. Liebknetch aussi bien que les réformistes tels E. Bernstein.

C’est ce même E. Bernstein qui, en rédigeant une série de trois articles intitulés Problèmes du socialisme, va mettre les pieds dans le plat. On ne va pas exposer en long et en large ses positions. Commençons donc par une formule choc : pour Bernstein:

Le mouvement est tout, le but n’est rien.

Entendons par là que le but final, à savoir le socialisme, la société sans classe, c’est bien joli, mais c’est un peu un mythe. Que le concret, c’est renforcer le mouvement ouvrier, gagner des places au parlement et des libertés démocratiques. Que de la sorte, on pourra améliorer la condition des ouvriers petit à petit.

Il explique aussi que par le développement du crédit, le capitalisme aurait réglé le problèmes des crises et que les grands trusts capitalistes permettent une organisation plus rationelle de la production : bref la marche en avant du capital règle peu a peu les contradictions énoncées par Marx, sans besoin de révolution.

Bien sûr, l’aile gauche révolutionnaire va répondre vertement à ce texte. Au premier rang des réponses, le fameux « Réforme sociale ou révolution ? » de Rosa Luxembourg. Elle va défoncer les positions de Bernstein sur le crédit, mais aussi rappeler que le capitalisme ne se laissera pas vaincre sans combattre.

Les positions de Bernstein seront désavoués publiquement, tout les grands penseurs du parti social démocrate de l’époque déclarant vouloir rester fidèle à la théorie marxiste. Cette théorie est alors devenu un genre de totem dans le parti, une figure qu’on se doit d’honorer mais pas forcément de connaître.

Quand au socialisme, il remplace un peu la notion de paradis chez les chrétiens. Du coup, forcément, dire qu’il n’est pas important, c’est un peu comme si dans l’église catholique un jésuite se mettait à expliquer qu’au final Dieu on s’en fout tant que l’Eglise se développe : presque tout le monde le pense dans le haut-clergé, mais personne ne le dit.

C’est d’ailleurs ce que l’un des principaux dirigeant du SPD, Ignaz Auer, connu aussi pour son nationalisme, dira a Bernstein :

« Edouard, tu es un âne ; on n’écrit pas ces choses, on les pratique. »

Et pour les pratiquer, le SPD les pratique a fond. C’est le principal parti d’Allemagne, la première force au parlement. Un modèle pour tout les partis socialistes d’Europe. Il dirige les syndicats, constituant ainsi la principale force d’encadrement de la classe ouvrière, bien avant l’état.

On parle d’ailleurs d’un véritable état dans l’état, avec donc ses syndicats, ses permanents, ses députés, ses unions féminines, ses organisations de jeunesse, ses journalistes, une presse immense (jusqu’à 89 journaux quotidiens) son école du parti fonctionnant comme une véritable université, ses élus municipaux, ses sociétés culturelles, athlétiques, musicales, ses maisons de repos, sans compter un vaste capital placé, des actions… (ben ouais) etc.

L’essor du mouvement ouvrier allemand n’est pas séparable de la formidable progression du capital dans ce pays. Ces deux mouvements avancent ensemble.

Attention, il ne s’agit pas de dire que ces mouvements fonctionnent de façon concertée : au contraire, un violent conflit les oppose. Mais c’est justement ce conflit qui constitue l’un des moteurs du développement du capitalisme industriel en Allemagne.

En effet, les luttes menées par les ouvriers, et orientée par les syndicats, poussent à la réduction du temps de travail et l’augmentation des salaires. Ces luttes sont durement réprimées, répétons le. Mais, grève après grève, les ouvriers gagnent du terrain. Cela pousse les patrons à trouver d’autre voies pour maximiser le profit : cela passera par l’investissement dans des machines plus puissantes, dans l’augmentation de la production… Puisqu’ils sont obligés de diminuer la durée du temps de travail, les patrons vont tout faire pour augmenter l’intensité, la productivité de celui ci. Par une organisation toujours plus stricte, disciplinaire, du travail, les ouvriers produiront plus en 8 heures qu’ils ne le faisaient en 10 auparavant.

Ainsi, on peut dire que les luttes des ouvriers vont servir d’aiguillon à l’accumulation du capital : c’est aussi car le capital est confronté à ces luttes qu’il s’adapte. Il entame alors un long processus qui le fera changer de modèle d’accumulation du capital. Il passe progressivement d’un modèle centrée sur l’augmentation de la durée de la journée de travail à un modèle basée sur l’augmentation de la productivité durant la journée.

Ce changement est appelé passage de la domination formelle à la domination réelle du capital. Nous y reviendrons.

En s’adaptant, même s’il le fait en grincant des dents, en acceptant les hausses de salaire et les réductions de temps de travail, il donne aussi des gages de légitimité au syndicalisme : la lutte paie.

Mais ce n’est pas la lutte pour la fin du capitalisme. C’est la lutte pour améliorer ses conditions, le prix de vente de la main d’oeuvre, au sein de celui ci.

Les syndicats et le mouvement ouvrier vont diriger toujours plus les exploités dans cette voie là. C’est logique, elle fonctionne, et le mouvement ouvrier va suivre, comme un cours d’eau, la ligne de moindre résistance. Il va s’adapter au capital en même temps que le capital s’adapte à lui.

Finalement ce mouvement n’est pas tant celui des prolétaires en général, que celui d’un aspect particulier de la condition de prolo : le fait d’être une marchandise.

Les syndicats allemands et avec eux l’ensemble du mouvement socialiste, se retrouvent n’etre que les dirigeants, les vendeurs, de cette immense masse de marchandise qu’est la force de travail des prolétaires allemand. Ils sont des interlocuteurs de la bourgeoisie industrielle, et constitue aussi un strict encadrement des prolétaires, par le biais de toute les structures que nous évoquions plus haut.

Le résultat de cette évolution du mouvement ouvrier sera tragique.

En 1914, hormis quelques minorités de révolutionnaires1, toutes les structures dirigeantes du mouvement ouvrier allemand, parti et syndicats, soutiendront la bourgeoisie dans la guerre, acceptant des postes. Cela marquera une étape de plus dans l’intégration du mouvement ouvrier au capitalisme.

1Citons les noms de Karl Liebknetch et Rosa Luxembourg, qui resteront fidèles à leurs positions internationalistes par delà vents et marée, bravant l’emprisonnement.

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