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Sept ans d’austérité en Grèce: « La lutte est encore bien réelle, mais les perspectives révolutionnaires paraissent minces. »

Temps de lecture estimé : 8 minutes

A partir de 2010, les violentes mesures d’austérité contre les prolétaires en Grèce, ouvraient une séquence de luttes sociales intenses. Les capitalistes se heurtèrent à une résistance féroce d’exploités refusant de se faire piétiner, résistance malheureusement isolée. Ce qu’il a manqué ? Que les incendies allumés en Grèce prennent dans d’autres pays. Que l’internationalisme et la solidarité de classe passent de la parole aux actes. Aujourd’hui, sept ans après les premières mesures, l’austérité a laissé de profondes traces. Nous avons posé quelques questions à V. qui vit et travaille à Athènes. Ses réponses nous donnent une idée de l’état des conditions de vie, mais aussi des luttes et des perspectives d’avenir sous l’ère Syriza.

19h17.info : D’ici on ne se rend pas toujours bien compte, mais peux-tu nous décrire la brutalité de ces mesures d’austérité depuis 2010 ?

V : Même si les coupes salariales et des retraites se sont faites en plusieurs vagues, elles furent brutales. Des retraités ont perdu jusqu’à 50% de ce qu’ils touchaient ! Avec le mémorandum de 2010, les salariés ont perdu 30% de leur salaire, spécialement ceux qui travaillaient dans le secteur public. Le chômage passé de 9% à 25%, atteignant près de 50% chez les moins de 25 ans. Puis les salariés ont perdu de nombreux droits, les contrats flexibles et précaires se sont généralisés. Dans le secteur privé, il y a aussi eu des baisses de salaire, mais moindres, et les retards de paiement sont devenus la norme. De nombreuses conventions collectives ont été supprimées. De 2009 à 2016, au gré des nouvelles mesures d’austérité, les travailleurs ont perdu beaucoup de salaire et de moyens de défense, se préparant à chaque fois à encaisser de nouvelles mesures. Et dans le même temps, l’âge de départ à la retraite a été allongé à 67 ans. Tout ça a été imposé dans un climat de terreur, de chantage et de répression policière. Pour faire passer les mesures, des flics supplémentaires ont été recrutés. Des grèves générales ont bien eu lieu, mais elles ne duraient qu’un seul jour.

Quelle est la température de la colère sociale ? La période entre 2010 et 2012 a correspondu à une phase intense de la lutte des classes, avec comme point d’orgue la manifestation insurrectionnelle du 12 février. Qu’est-ce qui a changé depuis 2012 ?

Cette période 2010-2012, s’inscrivait dans la suite de diverses luttes sociales, comme l’occupation des universités en 2006-2007 – en même temps que le CPE en France – et puis bien sûr l’insurrection de Décembre 2008, suite à l’assassinat par la police d’Alexys Grigoropoulos. Mais aussi d’autres luttes emblématiques comme celle des habitants de Keratea fin 2010 contre l’implantation d’une décharge à ciel ouvert, ou encore celle des habitants de Skouries contre la mine d’or. Une succession de luttes jusqu’à l’occupation en 2011 de la place Syntagma, face au parlement, par le mouvement des Indignés. C’est au lendemain de ce mouvement social que la révolte a commencé à baisser. La période entre 2010 et 2012 correspondait à une augmentation des mouvements sociaux, qui étaient déjà plus défensifs qu’offensifs, dans le sens où l’enjeu était de ne pas perdre les acquis sociaux. On peut dire que le mouvement des indignés est le dernier gros temps fort. Trois jours de jets quasi ininterrompus de grenades lacrymogènes par les flics au point que les feuilles des arbres ont flétris… Cette barbarie policière a eu comme effet d’atteindre le moral des personnes qui se sont battues, sans aucun doute.

Avant ça, le climat était plus combatif parmi les travailleurs, avec de nombreuses journées de grève générale. Après les défaites successives, beaucoup ont pris un coup sur la tête. Depuis, c’est comme si on avait perdu l’espoir dans la lutte dans la rue, c’est à dire les manifs, les grèves. Et puis, on ne peut pas minimiser la responsabilité de la répression policière sur l’état de découragement dans lequel une part importante des manifestants s’est retrouvée au sortir de cette période intense. Maintenant, la combativité sociale s’exprime toujours, mais plus localement, à la base, dans les quartiers, à travers des locaux ou des squats. C’est vrai aussi que depuis les années 2000, le syndicalisme « de base » s’est développé, mais seulement dans certains secteurs, comme les livreurs, les employés de restaurants ou de librairies, les call centers

Les plans d’austérité ne se sont pas limités aux violentes coupes salariales. Les conditions de vie des exploités se sont dégradés dans d’autres domaines, comme la santé. Quelles sont les autres mesures ?

Par exemple, au début de la crise, en plus des coupes salariales, les expulsions se sont multipliées. Une majorité de grecs dans la période de « developpement » économique, s’est endettée auprès des banques pour acheter un logement. Avec la crise, les coupes dans les salaires ou les retraites, beaucoup de gens se sont trouvés dans l’impossibilité de rembourser leur crédit et les banques ont commencé à procéder à des expulsions ! Ça a donné lieux à des résistances et provoqué un tollé social qui a débouché à l’époque sur la loi « Katseli »(2010). Cette loi a suspendu les expulsions pour les ménages surendettés, mais ne les a pas gracié de leurs dettes. Finalement, cette loi a fait des personnes endettées, des esclaves à vie des banques. Dans la même veine, beaucoup de foyers se sont faits couper l’électricité. Un temps, le total des factures impayées était estimé à 2,3 milliards d’euros.

Et puis une pluie de taxes uniformes nous est tombée dessus. La TVA sur les produits de première nécessité a augmenté, et donc les prix aussi. Il y a aussi la taxe d’habitation annuelle (ENFIA). Syriza avait promis avant son élection de la supprimer, évidemment il n’a pas tenu parole. Les taxes sur l’électricité ont aussi beaucoup augmenté, pour imposer à la population de payer le recouvrement du déficit budgétaire de l’État, alors qu’un grand nombre d’entre nous s’est appauvri. Il y a eu aussi des coupes importantes dans le budget de la santé publique, secteur qui s’est nettement dégradé.

Au niveau de la santé, la situation est catastrophique. Les hôpitaux n’ont pas assez de personnel ni de moyens pour bien fonctionner. La mortalité a augmenté et beaucoup des gens meurent, finalement faute de soins adaptés dans les hôpitaux publics. Ensuite, il est évident que la crise a accentué des phénomènes comme la toxicomanie. En réaction, cette situation de crise sanitaire a vu naître plusieurs initiatives comme des centres de santé “autogérés”, mais aussi des espaces d’accueil pour les migrants comme par exemple l’ancien hôtel City Plaza, réquisitionné et occupé.

Comme produit de la crise, on entend parler aussi de « cannibalisme social », c’est à dire le détournement de la guerre de classe en une guerre entre pauvre. Contexte dans lequel le parti néo-nazi Aube Dorée a pu connaître un pic de développement avant de se tasser.

C’est vrai qu’on parle de “cannibalisme social”, il y a même une assemblée qui s’est appelée « contre le cannibalisme social ». Mais je préfère souligner que globalement la population y résiste ! Le « cannibalisme social », c’est avant tout un instrument de l’État qui a tout intérêt à diviser les exploités. Même si le repli individuel semble malheureusement inévitable avec les effets de la crise, on assiste aussi à de grands élans de solidarité, comme envers les migrants venus de Syrie par exemple.

Que sais-tu des nombreux départs de grecs qui s’expatrient pour trouver du travail?

L’exode massif est une réalité. Beaucoup de grecs sont partis vivre et travailler à l’étranger – on parle de 500 000 personnes – et beaucoup d’autres y pensent à vrai dire. Ici, quand on travaille, les salaires sont misérables. Il n’y a que des miettes. Donc plusieurs jeunes prennent la décision de partir. C’est un des thèmes de discussion qui revient souvent entre les jeunes : « on va partir », « il n’y a pas d’avenir ici ». Le taux de chômage est tel que c’est une des seules alternatives qu’il reste, notamment aux plus jeunes, face à la perspective d’un futur absent. Ceci dit, ce n’est pas la première fois qu’il y a une telle vague de départ. Mais la dernière remonte à la seconde guerre mondiale, en 1944. Notons aussi, que beaucoup refusent de s’en aller.

Parle-nous un peu de Syriza. Quel lien ferais-tu entre l’arrivée au pouvoir de Tsipras et l’apparente accalmie des mouvements sociaux ?

Au debut, on ne peut pas nier que les gens ont eu de l’espoir avec Syriza. Ils y ont cru. Mais les promesses de Syriza étaient déjà pipées. En retour, on a assisté à la chute du mouvement social, comme une période de dépression, un retour du désespoir et une avancée du totalitarisme. Mais maintenant les gens en révolte sont moins nombreux. Les luttes se sont déplacées sur un plan plus restreint, plus local, et moins sur les mesures d’austérité. On peut parler d’une forme d’ « incorporation des luttes ». Syriza a réussi son entreprise de récupération des luttes sociales, des slogans, des mots d’ordre etc. En se présentant comme une machine de résistance face au mémorandum et aux entreprises capitalistes, le parti a entretenu l’illusion que des solutions pouvaient venir des élections, du système de représentation et de médiation. Sous couvert d’un discours un peu plus social, le gouvernement de Tsipras a vite fini par faire comme tous les autres : il a promit d’en finir avec les mesures d’austérité, mais il en a ajouté. Ça a abouti à mettre sous l’éteignoir la gauche extra-parlementaire, jusqu’à une partie des anarchistes. Paradoxalement, si la rue semble perdue pour les manifs pour le moment, elle est occupée par de nombreux espaces de solidarité et de locaux « autogérés » de toutes sortes qui poussent un peu partout. Des locaux anarchistes, antifascistes, des centres éducatifs, des centres médicaux, des cuisines collectives, ou encore des bazars gratuits ou d’échange. La lutte est bien réelle, ce sont juste les perspectives révolutionnaires qui paraissent minces.

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Pour aller plus loin:

Nous ne pouvons que conseiller l’écoute de l’émission de radio L’égregore du 2 janvier 2017, avec l’interview d’un camarade de retour de Grèce qui nous apporte de nombreux autres éclaircissements sur la situation.

Mais aussi les articles traitant du Mouvement des Indignés et de Syriza déjà parus sur 19h17.info

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