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Pourquoi le discours économique de l’extrême droite séduit

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Le fascisme et l’extrême droite ne se contentent pas de faire leur beurre sur le racisme et la haine de l’autre, ce que l’antiracisme moral voudrait faire croire. Il s’adressent aussi aux intérêts économiques directs de leurs partisans en prétendant qu’exclure une partie du prolétariat de l’accès au travail et aux droits sociaux permettrait de revaloriser la condition sociale des « vrais français ». Petit décryptage de ce discours économique puant…

Pour comprendre l’appel de masse que les partie xénophobes peuvent avoir, il faut envisager que cet attrait ne se base pas seulement sur des bases identitaires, défendant une « identité fragile », celle du français, contre la menace représenté par l’ « autre » plus particulièrement musulman. Il se base surtout sur la traduction en termes économiques de cette théorie : si une partie des prolétaires (issus de l’immigration) sont indésirables, les exclure serait un moyen de revaloriser économiquement le  quotidien des « nationaux ».  Cette proposition économique est la manière qu’à l’extrême droite de s’adresser aux intérêts de classe de ses électeurs. De plus cette proposition d’épuration du prolétariat permet de proposer des changements radicaux, mais sans s’attaquer aux intérêts de la classe possédante.

Que voulons-nous dire lorsque nous affirmons que l’extrême veut se débarrasser de toute une partie du prolétariat ? Pour comprendre cette proposition, il faut se référer à la théorie économique du club, théorisée par Buchanan en 1965. Cette théorie affirme que pour bénéficier d’un bien dans un groupe donné, comme un club de golf, il faut qu’il n’y ait pas trop de membres pour en profiter, ce qui permettrait d’en retirer un bénéfice optimal. Dans le cas contraire, les infrastructures sont trop engorgées et la qualité du service décroit.

Dans un contexte de crise économique larvée depuis les années 1970 et qui s’aggrave particulièrement depuis la crise de 2008, l’extrême droite défend une « théorie du club de golf » appliquée à l’économie nationale. S’il y a du chômage, des déficits de la sécurité sociale, des réformes des retraites, des baisses de salaires, ce n’est pas à cause du capitalisme, de son état permanent de crise et des attaques de la bourgeoisie depuis 30 ans, mais bel et bien à cause d’un effet de club de golf : il y aurait trop de prolétaires !

Cette théorie voit la France comme un gigantesque club de golf ou une copropriété. Pour pouvoir bénéficier de ses avantages de manière sereine, il faudrait en restreindre l’accès en faisant en quelque sorte un « cercle privé ». Selon cette vision du monde, l’assurance maladie, les allocations chômage, les allocations familiales, mais aussi les emplois publics et même l’ensemble des emplois seraient en quelques sortes réservées aux membres d’un grand salon VIP, dont les détenteurs de la nationalité française seraient les membres.

Face à la dégradation du marché de l’emploi, aux effets de la crise qui s’aggrave depuis 2008, des déficits chroniques de la Sécurité sociale et de l’Etat, la solution serait tout simplement de virer un certain nombre de membres du club pour retrouver un fonctionnement « optimal ».

C’est là que rentre en jeu le racisme, la stigmatisation de l’Islam et des « assistés ». Le racisme est le plus souvent perçu seulement d’un point de vue moral, ce qui est une erreur. Ainsi, selon les adeptes du discours de type SOS Racisme, le racisme de l’extrême droite serait inhumain, discriminant, deshumanisant, et explicable uniquement par la peur de l’autre.

Au contraire, ce racisme doit surtout être compris comme une proposition s’adressant aussi aux intérêts économiques des racistes. En effet, pour l’extrême droite, la mise en œuvre de cette théorie du club se ferait principalement en s’attaquant à l’immigration, de préférence de « couleur ».

Si l’on regarde le programme du FN, beaucoup de ces mesures visent en effet à attaquer les « mauvais travailleurs » dont le comportement nuirait aux conditions de vie de tous les prolétaires. En ce qui concerne les chômeurs, les mesures de  workfare  feraient perdre les allocations à ceux qui « ne veulent pas travailler », jouant sur le mythe des immigrés profitant de la sécurité sociale, tout comme la désactivation des cartes vitales des « fraudeurs ».

De même, l’arrêt de l’immigration (regroupement familial, asile…) et la mise en place de la préférence nationale a pour objectif en termes économiques d’empêcher la pression sur les salaires des « français » – tout comme la préférence nationale à l’embauche. Enfin, la suppression de l’AME, c’est-à-dire du minimum de soins médicaux, parachève cette exclusion du corps national des prolétaires indésirables étrangers, d’une autre couleur ou en situation irrégulière.

Cette proposition ne s’appuie pas seulement sur la « haine de l’autre ». En termes très concrets, elle dit aux prolétaires et particulièrement aux ouvriers que pour restaurer de bonnes conditions de vies économiques, il faut se débarrasser d’une partie du peuple !

C’est cette proposition de revalorisation de la condition de prolétaire par l’exclusion d’une bonne partie des travailleurs « indésirables » qui malheureusement fait le succès de l’extrême droite auprès de nombreux électeurs, qu’ils soient de catégorie ouvrière, employés ou issus  de la petite bourgeoisie et des travailleurs indépendants.

Selon le FN, ce qui ferait la différence en un bon et un mauvais prolétaire serait la possession de la nationalité française, l’appartenance au corps de la nation. Néanmoins derrière ce discours « policé », c’est aussi un bon vieux racisme à l’ancienne qui pointe. En effet, nul doute que lorsque le FN parle de l’arrêt de l’immigration, ce sont les immigrés de couleur et les plus pauvres qui sont visés, tels que les travailleurs africains et maghrébins, et non les riches retraités anglais qui viennent finir leur jours sur la Côte d’Azur.

De même, le discours officiel du FN ne fait pas de différence entre un français et un « immigré » ayant obtenu la nationalité française, et qui aurait vocation à s’intégrer. Ceci permet au FN « dédiabolisé » d’échapper aux accusations de racisme dont il est régulièrement la cible. Pour autant, il convient de rappeler que de manière informelle et sur Internet (un des sites non officiels du FN s’appelle Fdesouche) une différence est faite entre les « français de souche » et les « français de papiers » qui seraient en gros issus de « races non blanches ». Ces derniers sont aussi appelés ironiquement « chances pour la France ». Cette distinction créerait une sous-catégorie de français dont la nationalité serait en sursis, soumise à la moindre incartade à la déchéance de nationalité, réclamée par les militants du FN pour des motifs divers et variés…

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

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