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Le programme économique du FN : Socialisme ou barbarie?

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Le programme économique du Front National est une parfaite illustration du discours économique de l’extrême droite. Sous couvert de reprendre certaines proposition sociales de la France Insoumise, il pose la question de l’ « épuration » du prolétariat, distinguant nationaux et étrangers…

En France, la plupart des groupes d’extrême droite n’ont pas de programme détaillé et ne comptent pas arriver au pouvoir à court terme. C’est pour cela que nous avons choisi de nous concentrer sur le programme du Front National qui illustre parfaitement la théorie du Club de golf et celle du capitalisme national.

Cette partie est fondée sur le décryptage du programme de 2012 du FN proposé par Visa, ainsi que celui de 2017. Tout d’abord, l’une des premières mesures du FN serait de renforcer le contrôle des chômeurs qui perdraient plus facilement leurs allocations, et la désactivation de 10 millions de cartes vitales qui seraient entre les mains de « fraudeurs ».

Ces attaques contre les chômeurs s’assortiraient de la fin des 35 heures, une grande revendication patronale accompagnée d’une baisse des taxes concernant les PME, flattant ainsi la petite bourgeoisie, une des cibles essentielles du FN. Les mesures flattant la classe dirigeante ne s’arrêtent pas là, car le FN revendique aussi une baisse de l’ISF (impôt sur la fortune), qui pourtant ne concerne que la haute bourgeoisie. Le fait que la famille Le Pen soit multimillionnaire suite à l’héritage Lambert n’est peut-être pas étranger à cette mesure particulière.

Enfin, comme il faut bien un vernis social, le Front National veut tout de même mettre en place une idée de « gauche » consensuelle, la Taxe Tobin sur les transactions financières, chère au groupe altermondialiste ATTAC.

Ce programme est assorti de mesures pour « protéger » les travailleurs français contre l’immigration car selon le FN « celle-ci est utilisée par le patronat pour faire peser à la baisse sur les salaires ». Cela commencerait par la mise en place d’une « préférence nationale » dans les embauches qui favoriserait les citoyens français, traduction directe de la « théorie du club de golf ». Cette préférence serait aussi étendue à l’attribution de logements sociaux, mais aussi aux aides sociales, ce qui semble d’autant plus absurde.

Elle s’assortit d’une série de mesures visant le « zéro immigration » telles que la fin de l’accueil des demandeurs d’asile, du regroupement familial, et de la possibilité juridique de régulariser les sans-papiers. Enfin, ce seraient toutes les manifestations de soutien aux sans-papiers qui seraient interdites : y participer serait alors passible de peines de prison ferme.

De manière encore plus délirante, le FN souhaite abolir l’AME (aide médicale de l’Etat) qui permet de soigner les personnes sans ressources et en situation irrégulière. Cette mesure discriminatoire pose des questions d’ampleur : refuser de soigner des personnes malades parce qu’étrangères va à l’encontre de toutes les règles de base de la santé publique. Ne pas traiter des personnes atteintes de maladies infectieuses pose des risques très élevés de contamination de l’ensemble de la population !

Jusqu’en 2010 le programme économique du FN se caractérisait par une baisse généralisée des impôts, à mettre en lien avec les racines poujadistes de ce mouvement, ce qui en faisait un programme ultra-libéral. Jean-Marie Le Pen aimait à se faire appeler le « Reagan européen » dans les années 80. Dans son programme de 2012, ce parti tente un tournant « colbertiste », c’est-à-dire défendant un rôle interventionniste de l’état, en faveur de mesures sociales, en pillant allègrement des mesures du Front de Gauche et de la France Insoumise.

Cela dit, au lieu d’un keynésianisme classique proposant des mesures de relance, une très forte augmentation des dépenses régaliennes est prévue : 41 milliards seraient dépensés pour les expulsions de sans-papiers, assortis d’une forte augmentation du budget de la Défense (non chiffré), de même que 15 milliards d’euros de plus pour la police et la justice.

Ces dépenses auraient vocation à être financées par la sortie de l’Euro et le retour au franc, qui permettrait de faire jouer la planche à billet pour « franciser » la dette de l’Etat. Il convient de noter que le FN prévoit une dévaluation « compétitive » de 30%, ce qui, sans augmentation des salaires (cette mesure ne figure pas dans le programme du FN) revient à une baisse de ceux-ci de l’ordre de 20 à 30%. Enfin, cette panoplie serait complétée par des mesures protectionnistes concernant les produits issus de pays à bas salaires tels que la Chine, qui permettrait de rendre les productions françaises compétitives, reprenant en cela les propositions des économistes du Front de Gauche et de la France Insoumise.

Pour conclure, ce programme économique se donne une coloration sociale pour séduire les classes populaires. Cependant, après un examen plus attentif, nous voyons que ce programme se compose principalement de mesures de workfare, de mesure protectionnistes et étatiques keynésiennes sans réelle efficacité pour les travailleurs quand elles ne sont pas carrément nuisibles, ainsi que de mesures discriminatoires envers les travailleurs étrangers.

Ce programme propose de manière illusoire la restauration d’un capitalisme national qui serait plus « humain et juste », un peu à l’instar du Front de gauche et d’autres partis réformistes tels que Syriza ou Podemos. Néanmoins, à la différence de ces partis réformistes de la gauche radicale, l’extrême droite propose aussi de restaurer les conditions de vie d’une partie des prolétaires (blancs) en s’attaquant aux conditions de vie du prolétariat issu de l’immigration. Cette manœuvre est probablement ce qui distingue le plus le programme économique de l’extrême droite de celui des réformistes radicaux, mais aussi dans une certaine mesure du fascisme historique qui s’adressait à un prolétariat plus homogène opposé à des « élites étrangères ». Celui-ci devait présenter ses victimes, en particulier les Juifs, comme extérieurs au prolétariat (alors que la majorité de la population juive européenne en faisait pourtant bien sûr partie).

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

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