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Idéologie : l’extrême droite a-t-elle vraiment rompu avec le fascisme ?

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Pour la plupart des commentateurs médiatiques et pour beaucoup à l’extrême gauche, l’affaire est pliée : Le Front National n’est plus fasciste… Cette affirmation, qui n’est jamais vraiment argumentée, pose pourtant sérieusement problème. En effet, l’idéologie et le programme de du FN n’ont jamais vraiment rompu avec ses fondamentaux fascistes….

A en croire les commentateurs médiatiques, ce serait une évidence : l’extrême droite d’aujourd’hui aurait rompu avec l’idéologie fasciste historique, tant dans le fond que dans la forme. Si ce constat est partiellement vrai concernant la forme du discours (notamment la symbolique) dans les principales organisations nationalistes, nous considérons pour notre part que ces organisations n’ont pas fondamentalement rompu avec l’idéologie du fascisme. On peut caractériser l’idéologie fasciste qui sous-tend ce projet par au moins trois aspects spécifiques.

Le premier pourrait être appelé « anticapitalisme romantique ». Il s’agit d’un discours qui attaque certains aspects de l’économie capitaliste, tout en en défendant d’autres. En apparence, le discours est très radical. Il est contre la finance, les banques, en opposant la morale et la spiritualité au matérialisme. L’usure pratiquée par les banques par exemple est dénoncée comme étant antichrétienne, contraire au travail honnête. Il ne s’agit pas d’une critique de fond du mode de production capitaliste, néanmoins : il y a dans le fascisme une volonté affichée de gérer le capital en retrouvant un équilibre raisonnable avec le travail – bref, en revenant par la force à un statut quo national.

A cela se joint une critique du matérialisme  qui permet de renvoyer dos à dos les théories révolutionnaires issues du marxisme et le libéralisme : ces idéologies ne seraient que les deux faces d’une même pièce niant la spiritualité, le sacré, les grands mythes mobilisateurs. Cette critique remonte très loin, on la retrouve chez les royalistes voyant dans la Révolution française l’œuvre du diable.

Mais revenons aux critiques de la finance, très à la mode actuellement. Celles-ci ont beaucoup d’influence: par leur démesure, les excès des banques et de leur personnel semblent un symbole parfait des excès du capitalisme. Même si elles ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Naturellement, les fascistes surfent sur une vague qu’ils n’ont pas lancée. On trouve difficilement thème plus consensuel que la critique des « dérives » de la finance ! De François Hollande à Marine Le Pen, de François Bayrou à Jean-Luc Mélenchon, tous les politiques français prétendent combattre cet ennemi très pratique car toujours très lointain. Ainsi, François Hollande disait en janvier 2012 : «Dans cette bataille qui s’engage, mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Cet adversaire c’est le monde de la finance.»

Bien sûr, ce combat n’engage à rien. Les fascistes se sont toujours appuyés sur un capitalisme national pour mener à bien leur politique. Ce discours sur les banques est inséparable du thème de l’antisémitisme (et plus généralement du complotisme), qu’il soit assumé ou non. L’idée de base est la suivante : une petite élite coupée du peuple réel détiendrait toutes les clés du pouvoir. Très homogène, elle partagerait des rituels et des codes secrets lui permettant de contrôler les populations via les médias, l’économie et l’administration.

On retrouve ici, au mieux, une déformation grossière de certaines analyses marxistes. On peut légitimement parler « d’anticapitalisme des imbéciles » : par un coup de baguette magique, le monde incroyablement complexe de la grande bourgeoisie, dont des factions sont bien sûr en guerre ouverte, devient un ensemble unifié. Du même coup, tous les rouages du système en place (institutions étatiques, police, petit patronat, etc) peuvent être récupérés puisqu’ils ils ne seraient que « manipulés » par en haut. Ces thèses, séduisantes parce que simplistes, reposent sur une vision extrêmement manichéenne et pessimiste de la société, coupée des réalités matérielles.

Diviser pour mieux régner

Un deuxième aspect important du projet fasciste est lié au premier. Il pourrait être résumé par la locution « diviser pour mieux régner ». Il s’agit du racisme, exprimé ouvertement ou non. Si l’antisémitisme et ses diverses variantes vise une élite qui menacerait « par le haut » la cohésion du peuple, en l’appauvrissant d’une main et en l’endoctrinant d’une autre avec des théories antinationales (marxisme, féminisme, humanisme), d’autres formes de racisme existent.

La plus répandue aujourd’hui est probablement l’islamophobie. Très répandue dans la majeure partie de l’extrême droite, l’islamophobie s’exprime plus librement, car elle est plus récente et donc quasiment pas définie pénalement dans les pays occidentaux. Elle découle des conceptions économiques du projet fasciste évoquées plus haut. Nous allons la décrire plus en détail un peu plus tard.

Un troisième aspect concerne la militarisation de la société dans une période préfasciste. Pour prouver qu’ils sont une alternative crédible au « système » en décomposition, les fascistes brisent les solidarités populaires pour en reconstruire d’autres, artificielles, autour de thèmes nationaux. La militarisation ne se fait pas forcément par le biais de milices en uniforme patrouillant les rues pour casser de l’immigré et du gauchiste et assurer l’ordre moral (bien que cela puisse être le cas, comme en Grèce ou en Hongrie). La défense du port d’arme par exemple, si les armes sont concentrées dans les parties les plus réactionnaires de la société, peut être un thème de campagne fasciste. Il s’agit de promouvoir l’autodéfense contre la « racaille », ou l’honneur militaire, etc. En Allemagne les organisations néonazies des années 1950 et 1960 se composaient en clubs de sport ou en associations de reconstitution militaire pour pouvoir s’entrainer sans tomber sous le coup de la loi. En France, on retrouve une démarche semblable dans certaines villes de garnison où des groupes nazis recrutent uniquement parmi les jeunes militaires blancs. On peut aussi penser aux identitaires, connus pour avoir défendu des personnes ayant assassiné ou blessé par arme de jeunes immigrés, toujours sous le prétexte de la légitime défense. Derrière cette logique paramilitaire ou plus bassement para-policière, il y a la volonté de préparer les instruments de la future prise du pouvoir, et l’appui éventuel aux forces armées.

Les minorités sont naturellement des cibles directes du fascisme, surtout une fois que celui-ci est arrivé du pouvoir. Pour créer une communauté nationale homogène, les minorités doivent être détruites, soit physiquement soient en étant assimilées et en renonçant à leur identité dans la sphère publique. En France, le Front National s’appuie pour cela sur un discours républicain, laïque et assimilationniste, pour justifier son centralisme et son racisme. C’est le sens du slogan historique « La France, aimez-la ou quittez-la » : l’individu doit se fondre dans un ensemble plus vaste au destin historique, tourné vers un même but. Il faut néanmoins noter que cet aspect particulier se retrouve aussi dans des mouvements de droite non fascistes, comme le gaullisme, qui revendique un culte de la nation et du chef charismatique.

Une fois au pouvoir, le programme idéologique du fascisme ne peut prendre qu’une seule voie. Pour sortir de la crise économique, la guerre est la seule option qui permet à la fois de mobiliser la population, de justifier les mesures les plus violentes contre elle, et de relancer l’industrie en ouvrant de nouveaux marchés. On constate donc que les programmes des partis nationalistes défendent toujours une vision expansionniste et impérialiste, très centrée sur l’armée.

En somme, l’idéologie fasciste est un saut qualitatif vers la barbarie et la militarisation : la gestion du prolétariat change de forme et de dimension, pour s’adapter à des besoins différents. Sous couvert d’une révolution sociale, donnant à chaque individu une chance de se réaliser dans le grand destin de la nation, le fascisme renforce le pouvoir de la bourgeoisie et prépare la guerre impérialiste. Pour le prolétaire à la base de la société, la « révolution nationale » prend la forme de grands discours, de changements de symboles et de mobilisations patriotiques : mais les conditions de vie ne peuvent que, au mieux, se maintenir dans un statu quo social autoritaire, et au pire sombrer avec l’effondrement de l’économie et la militarisation. Comme dit Tancredi dans le roman Le Guépard, « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change ».

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

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