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Pinkwashing : quand l’extrême droite « défend » les droits des LGBT et des femmes

Temps de lecture estimé : 6 minutes

Lorsqu’il s’agit de taper sur les immigrés, l’extrême droite devient d’un coup l’amie des minorités sexuelles et des femmes, alors qu’elle est fondamentalement traditionnaliste et patriarcale. Décryptage de cette opération de com’…

Comment un courant politique fondé sur une conception traditionnelle de la famille, dans laquelle la femme doit être une mère et ne doit pas occuper de rôle politique majeur, a-t-il pu changer au point d’avoir comme personnalités les plus influentes des femmes comme Marine et Marion Le Pen ? Pourquoi ces mouvements se positionnent ils aujourd’hui en défenseur des minorités sexuelles et de la liberté des jeunes femmes, qui seraient menacées par « l’obscurantisme islamique » ?

Incontestablement, l’extrême droite a su opérer un tournant stratégique dans sa communication, pour adapter ses objectifs historiques aux impératifs de l’époque actuelle. L’emploi d’arguments centrés sur la défense des droits des femmes et des personnes homosexuelles dans le but de défendre une politique raciste porte un nom : le pinkwashing, c’est-à-dire le « nettoyage en rose ». On emploie cette expression anglaise pour désigner les campagnes de marketing politique mettant en avant les droits des personnes LGBT afin de faire passer un parti réactionnaire pour progressiste et tolérant. Elle s’applique également assez bien à la promotion d’un pseudo-féminisme laïque dans le même but.

Aujourd’hui, les postes de responsabilités au sein du FN sont ouverts aux gays et aux femmes, ce qui n’a pas manqué de déclencher de vives critiques dans certains groupuscules plus radicaux tels que l’Œuvre Française. L’extrême droite aurait-elle vraiment changé au cours des dernières décennies ?

Non, bien sûr. Cette stratégie de communication emploie des méthodes issues de la publicité commerciale pour les appliquer à la politique. Il n’est pas question pour les nationalistes de lutter pour les droits des femmes ou de tolérer les minorités sexuelles. Ces questions sont utilisées pour cibler l’Islam, et à travers lui, les musulmans, et tenter de prouver qu’ils constituent un corps étranger que la nation doit détruire pour survivre, comme nous l’avons évoqué précédemment.

Le double discours de l’extrême droite sur cette question est particulièrement pervers. D’un côté, la femme occidentale devrait être protégée face aux obscurantistes musulmans qui voudraient la voiler et appliquer la Charia en France. De même, les personnes LGBT auraient leur place dans une France républicaine et patriote, et seraient menacées par le péril islamique. D’un autre côté, dans les faits, le programme politique du FN est clair : s’il se sert de ces combats, c’est pour les détourner à son profit.  Il ne faut pas oublier ses campagnes sexistes et homophobes, ou sa proximité avec les éléments les plus réactionnaires des « Manifs pour Tous », sa lutte contre le droit à l’avortement et contre la parité politique, sa négation des violences faites aux femmes ou encore sa défense des valeurs catholiques patriarcales… La liste est loin d’être exhaustive.  Les groupes et partis situés à la droite du FN sont bien sûr encore plus radicaux. Dans la France « laïque » dont rêve le FN, si une femme peut occuper un poste de responsabilité politique, il s’agit d’une exception absolue, dans la tradition de Jeanne d’Arc.

Protéger la « femme occidentale »

L’épouvantail de la « Charia en France » ne sert donc pas à faire progresser les droits des femmes, mais à stigmatiser les musulmans, en les assimilant dans leur ensemble à l’islamisme salafiste. De plus, cette stratégie permet de dépolitiser les combats féministes ou ceux portants sur le genre et la sexualité, et de faire taire leurs acteurs. Il s’agit d’un chantage intellectuel assez simple : les représentantes et représentantes de ces combats ne seraient pas légitimes s’ils s’opposent au nationalisme. Seul ce dernier, en assurant un retour à un ordre traditionnel, « protégerait » la civilisation occidentale.

Dans la conception nationaliste du monde, la femme française et européenne a un rôle bien précis, dicté par un « ordre naturel ». Bien sûr, le fondement de cette théorie est mythologique, et n’a pas grand-chose en commun avec les faits historiques. Pour justifier le renvoi des femmes à des activités sociales moins valorisantes (voire à un rôle de mère au foyer), les nationalistes évitent de dire qu’il s’agit de faire grandir la population blanche et chrétienne. Il faudrait pouvoir justifier un programme aussi aberrant et barbare, et pour cacher cela, ils s’appuient sur l’argument « de toute façon, ça a toujours été comme ça », même si c’est faux. Dans les faits, une telle vision du monde se traduit par exemple par des attaques politiques contre le Planning familial et les autres organisations facilitant les procédures d’avortement.

Nous retrouvons des mécanismes similaires concernant les LGBT. Dans l’optique de l’extrême droite, l’homophobie est constitutive de l’identité nationale, en excluant les personnes jugées faibles car « efféminées », ou différentes car « contre-nature », au profit d’une élite naturellement masculine, virile et hétérosexuelle. En attribuant des qualités essentielles et complémentaires aux femmes et aux hommes, les nationalistes se basent sur le patriarcat pour légitimer leur vision du monde. Une hiérarchie des genres et des orientations sexuelles est toujours présente, même dans l’idéologie du FN qui prétend pourtant s’ouvrir à tout « patriote », sans autre critère restrictif. Tout en utilisant une rhétorique « homo-nationaliste » pour séduire principalement une partie de la communauté gay dépolitisée et sensible aux thématiques de l’insécurité et des agressions homophobes, le FN s’attaque à la théorie du genre – le fameux « gender » – en prétendant qu’un complot de la gauche vise à déviriliser les classes populaires.

L’épisode des « Manifs pour Tous » a ainsi été particulièrement révélateur. Le FN a alors dû faire le grand écart, ne participant pas directement aux manifestations, qui se voulaient apartisanes, tout en soutenant les revendications du mouvement. Les groupes fascistes (GUD, Renouveau Français, Jeunesses Nationalistes…) occupaient le terrain, déclenchant des émeutes à la fin des manifestations parisiennes et commettant des agressions homophobes. Le discours très consensuel des organisateurs était pour sa part destiné à la majorité des participants, catholiques conservateurs ou réactionnaires. Enfin, les initiatives comme les « journées de retrait de l’école » de Farida Belghoul visaient des secteurs particuliers de la population (en l’occurrence, les parents d’élève, principalement musulmans), pour les amener à soutenir un mouvement issu de la droite catholique. Ces différentes stratégies, loin de s’opposer, se sont complétées, le FN et les autres groupes nationalistes profitant des manifestations pour diffuser leurs théories et recruter largement.

Loin de changer son projet de société, une partie importante de l’extrême droite a su remanier ses apparences pour rajeunir son discours et l’adapter aux réalités du moment. Tout comme certains penseurs et militants utilisent l’antisémitisme pour tenter de rabattre les « musulmans patriotes » vers le nationalisme, d’autres se servent de l’épouvantail islamiste pour attirer vers eux des catégories de la population traditionnellement moins perméables à leurs idées. Au final, ces alliés d’un jour qui se retrouvent parfois à voter FN ou plus rarement à rejoindre les partis nationalistes finiront trahis par ceux-là mêmes qui prétendaient les protéger.

L’extrême droite, sans parvenir au pouvoir, depuis quelques années exerce une importante influence sur la vie politique en France et en Europe. Chasse aux pauvres sous couvert de lutte contre l’insécurité, violences policières légitimées et exacerbées, panique morale vis-à-vis de l’Islam, état d’urgence, tentatives de mettre en place la déchéance de nationalité… Toutes ces politiques ont un point commun : être nées dans les esprits de l’extrême droite, et sont devenues la norme. Cette série d’articles extraits du livre « Temps obscurs, extrême droite et nationalisme en France et en Europe », écrit par des contributeurs au site 19h17.info et du blog Feu de prairie, ont pour objectif de mieux comprendre ce retour en force et le danger qu’il implique pour nous.

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