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Les illusions perdues de la monnaie – Bitcoin crash #1

Temps de lecture estimé : 5 minutes

 

Sous une apparence ordinaire, l’argent cache une nature pleine de subtilités métaphysiques. Dans son usage quotidien, il n’a pourtant rien de mystérieux. Une quantité d’argent correspond à une quantité de marchandises. Un pain au chocolat, un kilo de blé ou un ordinateur ont chacun un prix. Mais que l’on s’interroge sur ce qu’est la monnaie par elle-même, sur son essence, et la voilà devenue une « chose sensible suprasensible »[1].

1 Bitcoin = 7046,68 € le 14 mai 2018

L’argent est quantité, mais quantité de quoi ? Il n’est ni pain au chocolat, ni blé, ni ordinateur, et pourtant il est une grandeur de chacun de ces produits. Il est difficile d’imaginer un monde sans argent, mais il est plus difficile encore de comprendre comment fonctionne l’argent dans le monde d’aujourd’hui. On sait l’employer, mais on ne sait pas ce que c’est.

À la faveur de cette ignorance généralisée sont nées, au tournant du millénaire, les monnaies cryptées et la plus célèbre d’entre elles, le Bitcoin. Depuis, les crypto-monnaies sont l’objet de tous les fantasmes. On ne compte plus les analyses qui les présentent, pour s’en réjouir ou pour s’en inquiéter, comme une révolution monétaire. Pourtant, les crypto-monnaies n’offrent aucun caractère de nouveauté. Mais si on ne sait pas ce qu’est l’argent, on ne peut pas savoir pourquoi le Bitcoin ne lui apporte rien de plus. L’objet de cette série est de détailler les formes prises par la monnaie de ses origines à nos jours pour comprendre le fonctionnement des crypto-monnaies actuelles.

Trinité du capital

L’argent, véritable trinité du capital, possède trois dimensions : fonction, type et support, qui se divisent elles-mêmes en trois. Trois fonctions : moyen de paiement, réserve de valeur, compte. Trois types : marchandise, crédit, signe. Trois supports : métallique, fiduciaire, scriptural.

C’est rarement par l’analyse de sa fonction que l’on commence l’étude de la monnaie, car celle-ci paraît une question simple. On se focalise plutôt sur son type et son support, que l’on confond en général. Le type et le support sont liés dans les faits mais il convient de les distinguer dans l’analyse. Par « support » de la monnaie, nous entendons désigner ses caractéristiques physiques. Il peut s’agir d’un morceau de métal ou d’un bout de papier. Le métal peut être brut ou travaillé. L’écrit peut être manuscrit ou imprimé. Le support physique peut aussi être la mémoire numérique des opérations d’un compte courant ou d’une crypto-monnaie. Par « type », nous désignons le phénomène social qui fait que ce support physique est accepté comme monnaie.

On pourrait penser que n’importe quel support adéquat peut servir de monnaie du moment qu’on s’est mis d’accord à son sujet. C’est loin d’être si simple, car tout est dans ce « du moment qu’on s’est mis d’accord ». L’histoire montre que la monnaie, tout comme l’État ou les rapports sociaux, ne sont jamais le fruit d’une décision collective identifiable, mais le produit de pratiques généralisées sur de longues périodes de temps. La monnaie, comme l’État, sont des formes liées à l’existence d’un rapport social global.

Définitions

L’expression « rapports sociaux », au sens large, peut désigner toutes les interactions, innombrables, que les membres d’une société entretiennent entre eux. Le « rapport social » au singulier envisage les plus courantes de ces interactions dans ce qu’elles ont de commun. Il s’agit de voir que, derrière l’extrême diversité des phénomènes sociaux, une certaine dynamique est perceptible. C’est la logique à l’œuvre derrière de nombreuses interactions sociales.  Cette logique se déploie dans des formes qui sont les briques élémentaires de ce rapport.

L’analyse de la monnaie conduit à considérer un grand nombre d’interactions sociales quotidiennes : de l’achat du pain à la boulangerie à la vente de milliers d’action sur un marché boursier. Mais ces interactions monétaires supposent elles-mêmes l’existence de nombreuses autres formes. D’abord il faut des marchandises, puis il faut des gens pour les acheter et des gens pour les produire. Et pour surveiller tout ça, l’organisation policière adéquate.

Toutes ces formes ont leur logique interne et des liens avec la logique des autres formes. L’ensemble des formes s’intègrent à la logique globale du rapport social. La monnaie n’a de sens que parce qu’il existe des marchandises à échanger. Si la marchandise disparaissait, la monnaie disparaitrait aussi. La raison qui fait qu’on accorde à un support donné le rôle de monnaie est dépendante de la logique de l’ensemble. Le rapport social qui englobe les logiques des différentes formes que sont l’argent, la marchandise, les producteurs et consommateurs de marchandises est, à l’heure actuelle, le rapport social capitaliste.

Histoire

Les marchandises et la monnaie sont pourtant nées avant que le capitalisme ne soit un rapport social dominant.  Mais si ces formes puisent leurs origine dans une histoire d’avant le capitalisme, le moment où celui-ci est devenu mode de production les a profondément transformées, en développant des possibilités que les époques antérieures ne pouvaient anticiper.

La logique des phénomènes sociaux n’est pas identique à celle de leur apparition. Certaines formes ne révèlent qu’a postériori les développements dont elles étaient porteuses. Si l’on peut retrouver dans les manifestations de leurs origines les prémisses de ce qu’elles deviendront, ce n’est qu’avec un regard éclairé par les évolutions ultérieures. Certaines caractéristiques de la monnaie sont ainsi apparues avant la monnaie, comme nous le verrons dans les épisodes à venir.

Série consacrée au Bitcoin, aux crypto-monnaies et à l’argent en général. Chaque lundi à 19 h 17.

Prochain épisode : Les fonctions de la monnaie.

Notes

[1] « Ein sinnlich übersinnliches Ding ». Cette expression est employée par Marx dans le premier chapitre du Capital pour qualifier la marchandise en général.

A propos de Leon de Mattis

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