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Les évolutions de la monnaie au XXe siècle – Bitcoin crash #11

Temps de lecture estimé : 8 minutes

Les évolutions monétaires, les représentations théoriques et le développement économique connaissent des trajectoires parallèles.

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Théories de la valeur

Si les théories économiques sont le reflet de leur époque, les évolutions théoriques doivent traduire les évolutions du mode de production lui-même. C’est ce qui arrive avec les théories de la valeur au XIXe siècle. La théorie de la valeur-travail est une théorie des débuts du capitalisme. Elle a été pensée au moment de la révolution industrielle par les économistes bourgeois dits « classiques », comme Adam Smith et Ricardo, et a inspiré Marx. Cette théorie a été en concurrence avec une autre qui fonde la valeur sur l’utilité, exprimée par Jean-Baptiste Say. La théorie marginaliste des économistes « néoclassiques » est apparue dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle allie échange et utilité : elle voit la valeur comme une combinaison entre le besoin d’un produit et sa quantité disponible.

La question n’est pas de savoir quelle théorie est « vraie », car les unes et les autres le sont suivant le point de vue que l’on adopte. La question est de comprendre ce que chacune de ces théories éclaire. On a qualifié la théorie de la valeur-travail d’objective : une fois produite, une marchandise possède une valeur intrinsèque qui ne fait ensuite que se rendre visible dans la vente. La théorie marginaliste a été considerée comme subjective : un produit dont nul ne veut ne vaut rien, quels que soient les efforts qu’il a fallu pour le produire. Les termes « d’objectif » et de « subjectif » ne doivent pas induire en erreur. On peut dire de manière plus simple que la théorie de la valeur-travail prend les choses du côté de la production tandis que celle de l’utilité marginale les voit du côté de la circulation. Pourtant les deux sont liées : la circulation suppose la production, la production capitaliste suppose la circulation.

Valeur-travail et circulation

La théorie de la valeur-travail est une théorie de la production. Elle considère la richesse comme une immense accumulation de marchandises et s’intéresse d’abord à la manière dont ces richesses sont produites. La théorie de l’utilité marginale est une théorie de la circulation. Elle se concentre sur la question de savoir pourquoi et comment une marchandise peut s’écouler sur un marché.

Et pourtant les deux sont liées. La théorie de la valeur–travail n’est vraie que tant qu’il existe bien une circulation ininterrompue des produits. C’est uniquement la circulation qui permet que s’impose le temps de travail socialement nécessaire comme mesure de la valeur. Imaginons deux pays A et B séparés par une barrière protectionniste absolument étanche – cas absolument exceptionnel dans l’histoire et qui n’a peut-être existé que pour le Japon d’avant l’ère Meiji, mais peu importe. En admettant que ces deux pays soient industrialisés, il est évident que la valeur des produits n’y sera pas la même, car les techniques de production n’auront aucune raison de s’aligner les unes sur les autres de part et d’autres de la frontière. En revanche, si cette frontière est ouverte et les échanges commerciaux intenses entre A et B, il est certain qu’un changement dans la procès de production du pays A obligerait l’industrie du pays B à s’aligner sur la nouvelle technique. La valeur comme temps de travail est un sous-produit de la circulation générale.

On ne peut parler de valeur-travail au sens strict pour les périodes de l’histoire antérieure au capitalisme, car seul le mode de production capitaliste a poussé la logique assez loin pour que les différents procès de production, constamment mis en concurrence les uns par rapport aux autres, aboutissent à la standardisation du temps de production socialement nécessaire.

Quand à la théorie de l’utilité marginale, elle présuppose une existence avancée du mode de production capitaliste, qu’elle tient pour un état quasi naturel de l’être humain. Elle est née à un moment où la question de la production cède le pas, dans la préoccupation des théoriciens du capital, à la question de la circulation.

Le terme de « circulation » désigne d’abord le mouvement des marchandises qui s’échangent contre de l’argent dans les circuits commerciaux. Il est assimilable à la notion de marché mais il ne faut pas oublier que le marché libre comme détermination naturelle est une création idéologique des libéraux. Il n’existe nulle part de « marché » qui ne soit organisé juridiquement, avec toutes sorte de restrictions et d’adaptations règlementaires.

Cette précision étant donnée, il n’en est pas moins vrai que l’offre et la demande  sont des déterminants, de manière très générale, des conditions de la circulation. Cependant, il ne faut pas oublier que dans un système comme le capitalisme, la demande peut être socialement définie par l’offre. La fabrication de la demande d’un produit par les techniques du marketing et de la publicité est une réalité courante. Enfin, des techniques de circulation des marchandises organisés par l’État peuvent aller jusqu’à un marché totalement réglementé comme celui qui présidait à l’économie des pays du bloc soviétique : il n’en s’agit pas moins d’une forme de circulation.

La disparition de la monnaie marchandise

Face à la standardisation de la production industrielle, l’or et l’argent ressemblent de moins à moins à ce que l’industrie produit. L’or incarne le luxe, mais pas le travail à l’œuvre. De fait, de manière insensible, l’argent-marchandise est écarté de la circulation monétaire. Cette mise à l’écart est extrêmement lente parce que le symbolisme du métal précieux, né dans les millénaires de l’histoire précédente, était nécessaire à la création du capitalisme. Dans un premier temps, les billets de banque et la monnaie scripturale représentent une valeur détenue dans les coffres des banques : bien qu’étant signe et crédit, l’argent a toujours un fondement dans la marchandise. Mais déjà la monnaie est essentiellement circulatoire. Traduction de cette réalité dans le ciel abstrait de la théorie économique : les théories bourgeoises de la valeur-travail cèdent la place aux théories marginalistes.

Au XXe siècle, la convertibilité en or est progressivement suspendue pour disparaître totalement après les années 1970. La contrepartie de la monnaie émise par les banques centrales est à présent essentiellement composée de bons du trésor et autres titres de créance. La monnaie marchandise a disparu. La confiance dans la durabilité du processus s’est imposée à mesure que le processus s’est révélé être durable. La figure tutélaire de valeur, l’or, après avoir joué un rôle-phare pendant un siècle et demi, n’est plus indispensable. Depuis les années 1970, le capitalisme est entré dans une ère nouvelle : néo-libéralisme, circulation ininterrompue et sans entrave des capitaux et des marchandises, financiarisation extrême.

Quoi de neuf sous le soleil du Capital ?

La nouveauté de cette « ère nouvelle » que nous venons d’évoquer doit être comprise à l’aune de ce que signifie une nouveauté pour un mode de production. Il s’agit de la systématisation d’éléments qui existaient déjà, et qui entraînent, par leur accroissement quantitatif, un changement qualitatif. La circulation est ininterrompue depuis les débuts du capitalisme industriel. Mais il fallait encore pouvoir théoriquement envisager le retrait momentané des marchandises et de la monnaie, parce que l’hypothèse de cette interruption n’avait toujours pas été effacée. L’idée de la fixité d’un or qui véhicule la valeur du présent vers le futur était sans doute en partie illusoire, parce que l’or entassé dans un coffre ne garde de valeur que dans la mesure où la circulation se poursuit : mais les siècles de contemplation des trésors sacrés en avaient imposé la croyance. Pour se lancer dans la finance, la spéculation et la production industrielle, le XIXe siècle avait besoin d’oublier les échecs monétaires de l’Ancien Régime. Des dizaines et des dizaines d’années de circulation interrompue ont permis de sédimenter la foi en un système qui n’est que flux. Ce n’est pas, pour autant, que ce fonctionnement soit sans heurts. Les crises l’affectent périodiquement : mais la réponse aux crises a toujours été, jusqu’à présent, un renouveau de ce déséquilibre dynamique qu’est le mode de production capitaliste. Ce n’est jamais vers une restriction durable de la circulation générale des capitaux et des marchandises que les crises ont mené, mais toujours dans le sens de leur extension.

La fonction monétaire de « l’échange », que Marx distinguait de celle de « circulation », a disparu. La circulation ne se boucle plus sur l’échange simple d’une marchandise contre une autre marchandise, même virtuellement. La production elle-même est travaillée intérieurement par la circulation : tout n’y est plus que flux tendus et disjonction des étapes productives entre entreprises différentes, ajoutant des phases de circulation là où autrefois les capitaux demeuraient immobilisés dans le temps productif. Quand, au bout d’un siècle de production capitaliste,  la circulation est considérée comme un processus qui n’a plus besoin de s’interrompre, même momentanément, le signe monétaire peut suffire. Dans une telle configuration, l’argent n’a plus besoin d’être une marchandise.

La « figure » de la valeur change de visage

Le métal précieux, pour reprendre l’expression de Marx, est de moins en moins la « figure » de la valeur. Le signe qui représente la valeur dans la circulation prend progressivement sa place. C’est sur ce constat que les crypto-monnaies sont apparues. D’un point de vue formel, les crypto-monnaie ne sont rien d’autre qu’un signe sécurisé. Qu’on puisse les envisager comme monnaie vient du fait que les contemporains ont de la circulation la vision que deux siècles d’histoire du capitalisme industriel leur ont donné : quelque chose qui ne s’arrête jamais, qui n’a pas de raison de s’interrompre, et qu’il n’y a donc pas lieu de considérer dans son interruption.

Pourtant, les crypto-monnaies oublient une chose essentielle : le signe monétaire doit posséder, comme le disait Marx, « sa vérité sociale subjective ». Et une vérité sociale, même subjective, ne peut pas être arbitraire. Elle est la résultante d’une pratique sociale spécifique, matérialisée par des millions d’actes répétitivement accomplis sur une longue période de temps. Quelle est la vérité sociale subjective du signe monétaire au XXIe siècle ?

Série consacrée au Bitcoin, aux crypto-monnaies et à l’argent en général.  Durant l’été, un lundi sur deux à 19 h 17. Prochain épisode le lundi  27 août.

Épisode précédent: La monnaie selon Marx, 2

Épisode suivant: Monnaie contemporaine et crédit

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