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Se lever pour 687 euros par mois : vis ma vie d’AVS

Temps de lecture estimé : 6 minutes

L’Éducation Nationale se gave de travailleuses et de travailleurs précaires. Parmi lesquels un grand nombre d’Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS), principalement des femmes, qui accompagnent des élèves handicapés dans leur scolarité. Alors que depuis quelques années plusieurs collectifs ont vu le jour, la lutte peine à s’organiser. Pourtant tous les ingrédients sont là.

Le marché du travail précaire. Comme la majorité des AVS de l’académie de Montpellier, Miryam* (prénom modifié) a signé un contrat de type CUI-CAE. La condition, c’est être chômeur « longue durée », c’est à dire depuis plus d’un an. « Quand Pôle Emploi m’a proposé ce contrat, je me suis dit que ça me ferait toujours ça, mais là j’ai l’impression d’y perdre » nous dit-elle. Ce type de contrats aidés est réservés aux employeurs publiques ou associatifs. Comprenons-nous bien, c’est l’employeur qui est aidé via une exonération de cotisations patronales et de taxes1 et une aide financière de l’État pour la rémunération. Ce « coup de pouce » peut aller jusqu’à 95 % du SMIC Brut pour le secteur dit « non-marchand » (47 % du SMIC Brut pour les entreprises). Autant dire que ça ne fait plus grand-chose à débourser pour l’employeur qui peut ainsi profiter d’une main d’œuvre « bon marché », servie sur un plateau par Pôle Emploi. Ça permet au passage de faire « sortir » tous ces exploités de la catégorie A. Et ça, c’est bon pour les statistiques du chômage.

Tableau à l’usage des présidents d’association pour leur montrer combien embaucher des CUI est avantageux.

En 2017, ce ne sont pas moins de 439 000 contrats aidés2 qui ont été signés ou reconduits en France. De quoi occuper, sur une période de 6 à 24 mois, plusieurs milliers de chômeurs3. Une fois qu’un chômeur ou une chômeuse est arrivé au terme de la durée légale de son CUI, c’est simple, l’employeur en prend un autre. Flexibles, temporaires, interchangeables. Voilà, en quelques mots les conditions d’exploitation promises par les CUI. Le tout presque gratuit. Concrètement sur les 687 euros de salaires (pour 20h / semaine), l’employeur ne débourse qu’une quarantaine d’euros par mois. Une manière comme une autre de mettre les chômeurs au turbin, à mettre sur le même plan que les politiques de workfare.

Le mode de calcul est simple. On multiplie le salaire brut (845,90) par 95 %. On obtient 803,61 euros qui est le montant total exonéré. L’employeur ne sort donc de sa poche que 42,29 euros. La vie est belle !

Travailleuses pauvres. La plupart des AVS sont jetées au boulot sans aucune formation, dans des conditions souvent difficiles. En découle une souffrance au travail logiquement amplifiée par le salaire misérable et un manque de reconnaissance. « On garde l’étiquette de la chômeuse à qui on a donné un boulot, presque par charité. Il y a quelque chose d’humiliant, au-delà du salaire de misère dans ces contrats » confie Miryam. « J’ai fini mon premier mois, en ayant le sentiment d’être livrée à moi-même. Mais le pire, c’est quand j’ai reçu ma première fiche de paye, avec 687 euros net écrit en bas. Je savais combien j’allais gagner, mais arrivée la fin du mois, voir qu’on a touché moins que les indemnités chômage qu’on avait avant., ça donne vraiment l’impression d’être une esclave moderne. »

A ce prix-là, vaut mieux savoir esquiver les tuiles. Celles-ci nous tombent toujours sur le râble quand c’est pas le moment. Sinon ça n’en serait pas. Alors entre deux crans de ceinture à resserrer, à défaut de luttes collectives, on s’allège le coup de la vie par une somme de petites techniques de débrouille quotidienne. Elle poursuit : « Beaucoup d’AVS cumulent un deuxième job d’appoint. Du soutien scolaire ou de la garde d’enfants. Ça permet de dépasser les 1000 euros. Pour celles qui n’ont pas ces à-côtés, une fois déduits les loyers et les factures, en vrai il reste que dalle ! Et encore, je ne te parle pas des collègues qui ont des gosses. »

« Le pire c’est quand on a une galère. Il y a bien l’assistante sociale du Rectorat, mais comme le CUI est un contrat de droit privé, on n’y a pas droit. Les rectorats emploient à la pelle plusieurs centaines de personnes qui ne leur coûtent que quelques miettes, et s’assurent par dessus le marché qu’on ne puisse pas bénéficier des enveloppes allouées à l’aide sociale. »

Quelle lutte collective ? Dans plusieurs villes des collectifs d’AVS (parfois élargis aux autres travailleurs précaires de l’Éducation) ont vu le jour. Principalement car la spécialisation dans l’accompagnement au handicap lui donne les contours d’un métier qualifié. Sans le statut, ni le salaire qui va avec.  Quand on est précaire, s’organiser n’est pas des plus faciles. « Les contrats sont plutôt courts, à temps partiel et les horaires décalés. On se sent isolé. Les rares collègues qu’on croise n’y croient pas et les syndicats ne donnent pas l’impression de pouvoir répondre à nos attentes. Comme si la marche était trop haute pour eux. On se sent vulnérable. » La grève ? « Légalement on a le droit, mais on nous culpabilise. On laisse un élève handicapé dans la merde en gros. C’est comme ça qu’ils nous tiennent. Mais en fait ce sont eux qui ne respectent pas les élèves handicapés, en ne payant que 600 balles quelqu’un pour les accompagner. »

Les bas salaires, la courte durée des contrats, le temps partiel imposé ou la pression hiérarchique, toutes ces raisons de se révolter sont autant d’obstacles à la construction de la lutte collective. Les revendications traditionnelles de « titularisation sans condition » des précaires font pale figure dans un contexte d’austérité où l’offensive capitaliste pousse justement à plus de précarité et moins de salaire. Il y a bien eu l’avancée de la CDIsation4, obtenue en 2014 par un début de mouvement sous escorte syndicale. Maigre conquête qui ne fait pas sortir les AVS du temps partiel imposé, et qui les y assigne pour une durée indéterminée. Et depuis, pas grand-chose. Les luttes restent très localisées, peinent à se fédérer et atteignent les limites de toute initiative corporatiste.

Reste l’auto-organisation sur des bases de classe pour œuvrer à dépasser l’impasse catégorielle. Mais comme on l’a vu, c’est un chemin qui se dépave morceau par morceau.

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Notes:

1Cotisations exonérées : assurance sociale, allocations familiales. Taxes exonérées : taxes sur les salaires, sur l’apprentissage, « effort de construction ».

2Les contrats aidés existent depuis les années 70. Le CUI a été mis en place en 2010. Les 3/4 des contrats aidés sont des CUI, les autres relevant des Emplois d’Avenir (98 000). Il y a deux types de CUI : ceux destinés au secteur marchand (environ 36 000) et ceux du secteur public (« non-marchand »), la majorité 282 000. Ces chiffres ne prennent pas en compte l’alternance : 400 000 en contrat d’apprentissage et 190 000 contrats de professionnalisation. Mis bout à bout, cela fait plus d’un million (Chiffres INSEE).

3Sachant que ces durées ne sont pas ultra restrictives. Des contrats aidés de 3 mois peuvent être prévus (réinsertion des détenus) à 60 mois.

4Possibilité de signer un CDI à l’issu des six années légales de contrat précaire en contrat AESH (Accompagnant aux Elèves en Situation de Handicap). C’est un contrat de droit publique, comme celui des surveillants (AED), renouvelable six fois.

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4 Commentaires

  1. Bonjour j’ai été Avs durant deux ans sans aucune formation et on me reprochait de ne pas prendre d’initiative et surtout trop en faire pour les enfants dont j’avais la charge. On me laissait souvent livré a moi même avec ses enfants en situation de handicap je ne savait pas trop ce que je devais faire et vraiment je n’était pas du tout aidé par les enseignants qui se déchargeait complètement sur moi pour l’apprentissage en maternelle des enfants donc je faisait de mon mieux pour les aider mais on me reprochait de trop les aider.
    Un enfant qui a du mal a mettre son manteau il ne fallait pas l’aider ou bien pour aller au toilette je ne devais pas lui baisser son pantalon l’enseignante m’a même dit qu’il fallait le laisser faire même si il fait dans son pantalon moi je ne pouvais pas supporter cela donc maintenant qu’il manque des Avs on me dit que je ne faisait pas bien mon travail vu que j’aidais trop c’est vraiment scandaleux.

  2. Bonjour.
    On n’est pas qu’AVS ! Pour bien faire son travail, on est aussi orthophoniste, psychomotricienne, éducatrice, psychologue, et bien d’autres métiers annexes nécessaires selon le handicap de l’enfant. Sauf que l’on n’a pas de diplôme reconnu. En plus d’une grande responsabilité vis à vis de ces enfants. Et puis 20 heures, ce n’est rien face à des enfants qui demandent beaucoup plus d’heures de présence. Il faudrait des contrats d’au moins 30 heures en Collège et Lycée. Si peu d’heures, ça nous bloque toute la semaine pour pouvoir prendre un deuxième emploi pour compléter un salaire bien maigre !
    Les plus reconnaissants sont les enfants dont on s’occupe, parfois les parents, rarement les instits, jamais l’employeur (dans le public du moins). Cela reste néanmoins un boulot passionnant, altruiste et gratifiant.

  3. Bonjour je ne comprends pas votre mode de calcul ? Sur un salaire à 650€ le patron paye qutiliser 42 € d’impôt ou 42 € au salarié et le reste à la charge de l’état +ou- 600 € ? Votre explications manque de précision ?

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