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Les grèves de 1936… et les résistances au travail ensuite.

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Nous en arrivons à la fin de la première série d’articles autour de l’histoire du mouvement ouvrier & du syndicalisme. Assez logiquement, elle s’achève sur la seconde guerre mondiale. Nous proposerons dans quelques temps une deuxième saison. 

Au printemps 1936, une coalition baptisé Front Populaire et rassemblant le Parti Communiste, la SFIO (PS) et le parti radical (centre gauche) remporte les élections. Après plusieurs années de baisse, la participation aux grèves et manifs du 1er mai 1936 montre l’enthousiasme de nombreux secteurs du prolétariat. Ainsi à Paris, la moitié des 250 000 ouvriers et ouvrières de la métallurgie se mettent en grèvent, dont plus des ¾ chez Renault.
Le licenciement d’ouvriers en grève le 1er mai entraîne quelques jours plus tard une première série d’occupations d’usines, notamment dans l’aviation, à Toulouse (Latécoère) et au Havre. C’est le début d’une vague de grève avec occupation qui va gagner toute la France.
On a souvent qualifiés ces occupations de « grèves joyeuses» , car elles permirent de transformer l’usine de lieu de trime en lieu de fête, libéré du travail pour un temps.
Face à ce mouvement spontanée, les patrons sentent le danger et filent à la table des négociations. Ce sera les accords de Matignon. Citons en particulier la semaine de 40 heures ( contre 48 précédemment) soit un jour de plus gagné par semaine et les congés payés ( 2 semaines par an). Mais aussi , d’un point de vue syndical, la création de délégués d’usines, la garantie des droits syndicaux et des négociations collectives : c’est la reconnaissance de la représentation syndicale qui est accordée à ce moment, dans l’objectif aussi d’avoir des interlocuteurs plus contrôlables.
Sans compter des accords encore plus favorable dans le cadre de conventions collectives dans plusieurs secteurs. La CGT réunifiée frôle les 5 millions de syndiqués : le chiffre est énorme.

Et les résistances au travail ensuite.

En un mot comme en cent, suite à 1936, les ouvriers ont pris la confiance. Ils et elles sont fortes, les grèves ont fait plier les patrons ; le gouvernement est (leur-semblent) il de leur côté : les contremaitres n’ont qu’a la fermer et la direction ne doit pas la ramener non plus.
C’est le cas chez Renault. Dans cette grande entreprise, les grèves ont été très suivie, et le rapport de force est particulièrement favorable. Citons quelques anecdotes trouvées dans les archives de Renault et rapportée dans l’excellent livre de Michael Seidman « Ouvriers contre le travail » :
« [D]ans divers ateliers, les ouvriers ont modifié, de leur propre chef, leurs horaires de travail, arrivant une heure plus tôt ou plus tard et quittant en fonction de cela . Dans les ateliers de placage et de polissage de nickel et de chrome, les salariées (principalement des femmes) arrêtaient la production avec une facilité déconcertante et énonçaient leurs revendications seulement après le débrayage.
Les délégués syndicaux nouvellement élus profitaient souvent du nouveau climat de l’usine. Ils ignoraient obstinément une clause qui instituaient un maximum de dix heures par mois pour l’exercice de leurs fonctions ; nombre d’entre eux évitaient le travail dés que possible. »
(…)
« Lorsqu’un délégué retourna a son atelier et que son contremaître lui reprocha son « absence non autorisée » le délégué lui répliqua que la prochaine fois les ouvriers ne pendront pas les contremaîtres et les patrons sous la forme d’effigies, mais pour de bon. »
(…)
« Les coulages de cadences et les contestations contre le travail à la pièce étaient fréquentes durant le Front populaire. A la fin de l’été et au début de l’automne 1936, les salariés luttaient âprement contre les primes de production et contre les cadences jugées trop rapides.
Après juin 1936, à la fonderie aluminium de Renault, de nouvelles machines, qui devaient réduire les coûts de 20 % furent installées, mais les nouveaux équipements n’induisirent qu’une baisse de 4 %, parce qu’après une « longue discussion » les ouvriers refusèrent de travailler avec ce nouveau matériel. »

On retrouve cette résistance au travail dans d’autres entreprises, dont SIMCA, une filiale de FIAT, ou encore dans l’industrie aéronautique, nouvellement nationalisée.
Dans ces industries ou dans d’autres, l’un des enjeux principaux était la défense de la semaine de 40 heures nouvellement acquise, face aux heures supplémentaires que les patrons tentaient d’imposer. Ce sera une véritable guerre de guérilla qui durera jusqu’en 38. L’enjeu était de taille de part et d’autre. Pour les ouvriers, il s’agissait de défendre leur deux jours de repos consécutifs : un énorme bouleversement, pour une fois en bien, de leur vie.
Pour le patronat et l’état confronté à une pénurie de main d’œuvre qualifiée, le recours aux heures supplémentaires et donc la fin effective des Week-ends était une nécessité pour la relance de la production , en particulier dans les secteurs soumis à l’effort de guerre.
On voit ici une contradiction fondamentale entre les intérêts des uns et des autres.

Jusqu’à la défaite de la grève générale de 1938

Le Front populaire tombe en 1938. Après la chute du gouvernement Blum, le radical Daladier est nommé premier ministre. Il ne proposa de portefeuilles ministériels ni au Parti socialiste ni au Parti communiste français (PCF.) A l’inverse, poussé par les pressions capitalistes, il nomme un gouvernement dans l’objectif avoué d’en finir avec une partie des réformes, dont la « semaine des deux dimanches ».
A ce titre, Paul Reynaud, un adversaire de longue date de la possibilité pour les ouvriers de se reposer le samedi, est nommé ministre des finances. Il rétablit la semaine de six jours, et va même jusqu’à interdire la semaine de 5 jours de 8 heures sans autorisation préalable du Ministère du Travail.
Une grève générale est appelée pour le 30 novembre 1938. Malgré une combativité assez forte, notamment dans l’automobile, la métallurgie et l’aéronautique, cette grève est un échec. Le gouvernement menace les grévistes de la fonction publique de la cour martiale. Il multiplie les menaces à la radio. Les patrons menacent et répriment à tout va.
C’est la fin de la semaine de 40 heures. Bientôt, avec la guerre, la durée du travail sera portée à 11 h par jour et 60 h semaine dans toutes les industries (septembre 1939).

Résumé et perspectives générales de cette première saison d’articles

Le capitalisme est né dans la violence et la contrainte. Il a supprimé la propriété de la plupart des gens, obligés dés lors de s’embaucher dans des conditions horribles dans les fabriques.
Pour les empêcher de s’enfuir, l’état a interdit et réprimé férocement le vagabondage. Seul restait la lutte, dans un premier temps illégale. Puis, au fur et à mesure de son développement, confronté aux pressions des luttes ouvrières, les capitalistes finirent par autoriser les syndicats, encadrer légalement les grèves. La lutte syndicale pouvait se résumer par un deal implicite : on veut être mieux payé et travailler moins longtemps… Mais ça signifie qu’on accepte le salariat et donc le capitalisme. Bien sûr, l’aspiration à une société sans classe est pourtant à la base de l’engagement syndical chez nombres de militants. Il s’effectue de plus en plus une coupure entre d’un côté, la pratique réelle, de l’autre, les aspirations idéologiques.
La situation est cependant différente en fonction des pays et de l’histoire de la lutte des classes. La première guerre mondiale est un brutal atterrissage : le syndicalisme, dans sa grande majorité, suit la bourgeoisie dans la guerre.
Ce que nous n’avons pas abordé dans cette première saison et pourquoi.
Nous n’avons pas traité de la place des femmes dans les luttes et de leurs intégration (ou non) dans les syndicats. Nous n’avons pas traité du rapport entre composition de la classe et syndicalisme : pour dire les choses plus simplement, le syndicalisme est il un mouvement des prolos les plus qualifiés et les mieux payés ?
Enfin, nous n’avons pas non plus parlé du rapport entre syndicalisme et colonisation. De la place des prolétaires issus des colonies, ou du syndicalisme dans les colonies.
Il aurait été possible, de parsemer ici et là cette série d’articles de quelques anecdotes sur le sujet. De parler des grèves féminines dans le secteur de l’armement en 1917, du rôle des femmes dans les grèves de 1936, notamment dans les usines textiles ou alimentaires. De citer les rapports entre le syndicalisme algérien et la CGTU, de faire référence au fameux appel « Ouvriers algériens organisez-vous ! » paru dans la tribune du prolétariat colonial en 1923.
Mais le sujet nous semble demander plus de place que cela pour être traité. Car il en va de la manière même dont on analyse le syndicalisme, mais aussi les tentatives de le dépasser : le rapport avec l’ensemble de la classe. Cela constituera donc l’un des thèmes principaux de notre prochaine saison de cette sérié de formation. L’autre thème étant le rapport entre syndicalisme, dépassement du cadre syndical et poussée révolutionnaire. Il est logique que ces deux thèmes viennent ensemble : ils sont intimement liés. Par ailleurs, une brochure compilant cette première saison d’articles sera bientôt disponible.

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