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La monnaie des débuts du capitalisme – Bitcoin crash #8

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Au tout début du XIXe siècle, l’Europe occidentale s’apprête à entrer dans l’ère du capitalisme industriel : déjà, le mouvement est bien entamé en Angleterre. C’est un bouleversement considérable sur le plan économique, social et politique. Le nouveau mode de production pousse la logique marchande à son extrême. Il a besoin d’une monnaie stable et solide, sans quoi sa puissance reposera sur un château de sable.

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La monnaie en 1800

À ce moment de l’histoire, tous les protagonistes de la monnaie sont déjà là et peuplent la scène : la marchandise, le crédit et le signe. Mais tous ont montré leurs limites. Comment disposer enfin d’une monnaie stable, qui serve de référence unique, et qui inspire une confiance absolue ?

Pour se faire une idée de ce que représentait, à l’orée du XIXe siècle, ce défi monétaire, voici ce qu’écrivait un banquier, Léon Besterrèche, en 1800.

« Il existe dans une proportion démesurée des espèces de billon, de cuivre et de cloche. La loi réprouve quelques unes d’entre elles. L’opinion les place presque toutes au même degré d’avilissement. La justice convient qu’elles présentent toutes une valeur plus ou moins fictive. Il en est de même des espèces d’or et d’argent.

Celles de 15 et 30 sols, au type constitutionnel, sont reçues sans exception; mais on n’en est pas moins injustement persuadé qu’elles ne comportent pas intrinsèquement la valeur qu’elles expriment; et l’on sacrifie, en les recevant nominalement, beaucoup plus aux besoins de la circulation, qu’à la conviction.

Les pièces de 6, 12 et 24 sols sont réprouvées: on ne les reçoit qu’épurées au creuset, pour peu que leur empreinte soit équivoque.

Les écus de trois livres circulent couramment; mais ceux de 6 livres appellent à chaque instant la balance de l’essayeur, à raison des écus faux, ou rognés, ou étrangers, qui fourmillent dans les paiements.

Les pièces d’or de 24 livres présentent, et dans une proportion plus forte encore, les mêmes inconvénients.

Les pièces républicaines de 5 francs ne sont exemptes des atteintes ni des faussaires, ni des atténuateurs.

Enfin, la valeur d’une pièce intacte de 5 francs, de 6 livres ou de 24 livres, varie suivant les conditions de la stipulation en francs ou en livres.

Il en résulte des erreurs fatales pour les personnes de bonne foi qui ne sont pas toujours les plus éclairées; et un ralentissement incalculable dans toutes les opérations commerciales, à raison de la balance ou de la plume qu’il faut avoir constamment à la main.

Ce sont ces inconvénients, dont le moindre effet est d’entrainer la perte d’un temps précieux, et de faire des fripons et des victimes, qui appellent, unanimement et non moins incessamment, la réforme du système monétaire[1] »

 

Il n’est question ici que des monnaies frappées, qui étaient aux fondements du système monétaire sous l’Ancien Régime. Le premier des défauts du système décrit par Léon Besterrèche est sa complexité. La coexistence d’unités de compte et d’unités de monnaie de métal différentes rend les évaluations et les échanges périlleux. La valeur des pièces elles-mêmes reste soumise à la plus ou moins grande confiance que l’on peut leur accorder au regard de leur composition et des possibilités de fraudes.

Les fondations d’une monnaie stable

La première étape de la création d’une monnaie stable va consister, en France, en une simplification et une unification de l’émission. La création du franc germinal, le 7 avril 1803, trois ans  après le texte de Besterreche, permet d’éliminer toutes les anciennes monnaies qui sont reprises à la valeur de leur poids en métal. Le franc, défini par un rapport fixe avec l’or et l’argent, devient la seule monnaie en circulation, et l’unité de compte et l’unité monétaire coïncident enfin.

La seconde étape lui succède quasi immédiatement. Le 14 avril 1803, la Banque de France obtient son premier privilège d’émission de billets de banque pour Paris et sa région. Le billet est intégralement convertible en monnaie de métal précieux : il s’agit d’une reconnaissance de dette de la banque envers le porteur. Cependant, les premières coupures étaient d’un montant élevé et ne servaient que pour de grosses opérations financières. D’autre part, la création de comptoirs de la Banque de France dans d’autres villes fut interrompue au moment de la Restauration, ce qui provoqua la création d’une quinzaine de banques départementales qui émettaient des billets en province. En 1848, toutes ces banques fusionnèrent et la banque de France obtint un privilège d’émission sur tout le territoire national.

Enfin la troisième étape, encore plus lente que la seconde, est la création d’un réseau de banques privées. La première de ces banques a été fondée à Paris en 1817 par James Rothschild, fils d’un grand banquier allemand, tandis que son frère Nathan s’installait à Londres. Ces banques d’affaire avaient une clientèle peu nombreuse et très fortunée. Puis les grandes banques de dépôt comme la Société Générale ou le Crédit Lyonnais sont créées dans la seconde moitié du XIXe siècle.

La Banque de France

Ces trois étapes permettent d’assurer les opérations monétaires indispensables au fonctionnement du capitalisme comme mode de production. Tout repose sur la stabilité du franc germinal, dont la valeur légale est garantie par une certaine quantité de métal précieux. C’est sur ce fondement que s’appuie la confiance dans les niveaux supérieurs. La Banque de France n’est pas la banque de l’État mais la banque des banquiers. Bien qu’elle possède un privilège d’émission, elle n’en reste pas moins gérée de manière privée jusqu’au XXe siècle. Elle rassemble tous les grands financiers de son époque. Elle émet une quantité de billets supérieure à son encaisse en métal précieux, et permet ainsi de créer suffisamment de monnaie pour soutenir le développement économique.

Vis-à-vis des banques ordinaires, la fonction de la banque de France est celle qui était assurée par les relations informelles d’affaire au Moyen-Âge. Il s’agit de donner à toutes les banques une garantie contre les retraits intempestifs en mutualisant leurs encaisses respectifs. Ainsi peut se développer une politique du crédit qui s’affranchit de la limite des quantités d’or et d’argent effectivement disponibles. On voit se développer également des actifs financiers eux-mêmes échangeables, comme les actions, qui sont des parts de la propriété du capital. Le capital ne se limite pas, en effet, à sa forme strictement monétaire. Ces actifs financiers diversifiés ne pourraient pas se développer sans un socle monétaire solide.

Trois types de monnaie en un

On peut finalement distinguer trois niveaux de la monnaie. Le premier niveau est celui de la monnaie de métal précieux, le second celui de la monnaie que l’on appelle fiduciaire, autrement dit le billet de banque, et le troisième niveau celui de la monnaie dite scripturale, c’est-à-dire inscrite sur le livre de compte de la banque. Ce qui est important, c’est de comprendre que tout le système repose sur la convertibilité de la monnaie dette et signe des niveaux deux et trois en argent marchandise de niveau un. Tant que la croyance en cette convertibilité est certaine, et elle le demeurera tout au long du XIXe siècle, la valeur de la monnaie demeurera ancrée dans la valeur du métal précieux.

Il existe donc un socle de monnaie marchandise. Mais en même temps on peut dire que dès le XIXe siècle la monnaie est en grande partie de la dette. Le billet émit par une banque centrale est une dette de cette banque envers le porteur du billet, qui peut en exiger le remboursement en allant convertir son billet en or. Mais l’hypothèse de la conversion en or de la somme portée sur le billet devient très exceptionnelle. La confiance est telle que la monnaie peut se contenter de voir l’or comme une référence lointaine.

Monnaie et nécessité du capitalisme

Ce n’est pas seulement parce que Napoléon a eu la bonne idée de créer la Banque de France et le franc germinal que ce système a pu se mettre en place en France. En réalité, les maux de la monnaie étaient connus et compris dès l’Ancien Régime. Mais l’État monarchique n’avait pas le pouvoir d’imposer les réformes nécessaires. La transformation révolutionnaire et post-révolutionnaire a engendré en France une modernisation politique et juridique accélérée, et la mise en place des structures nécessaires au triomphe du capitalisme comme mode de production.

En Angleterre, l’histoire s’est déroulée sous des modalités très différentes pour arriver aux mêmes résultats : et dans chaque pays européen la même évolution a eu lieu à des rythmes échelonnés. La combinaison des formes marchandise, dette et signe de la monnaie est un aspect de la modernisation globale, à la fois cause et conséquence de l’apparition du capitalisme industriel.

Notes

[1] Léon Besterrèche, Essai sur les monnaies, Paris, 1800, imprimerie Gougeon fils, p. 4-5

 

Série consacrée au Bitcoin, aux crypto-monnaies et à l’argent en général.  Durant l’été, un lundi sur deux à 19 h 17. Prochain épisode le lundi 16 juillet.

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