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La monnaie selon Marx première partie – Bitcoin crash #9

Temps de lecture estimé : 8 minutes

Après avoir vu le système monétaire des débuts du capitalisme dans l’épisode 8, arrêtons-nous un instant sur les écrits de Marx. La monnaie marchandise, la valeur-travail ou la division de la société en classes antagonistes ne sont pas des inventions de cet auteur mais des évidences de son temps. Le génie de Marx est d’avoir produit à partir de ces lieux communs une analyse qui résiste aux siècles et permette de rendre compte de leurs évolutions ultérieures.

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Le rôle de la circulation

Marx, qui avait parfaitement conscience de l’existence de l’argent-dette et de l’argent-signe, considère ceux-ci comme des métabolisations éphémères de la monnaie réelle, la monnaie marchandise.

Cette métabolisation de l’argent a lieu dans une sphère particulière, celle de la circulation. La notion de circuit, de parcours, de circulation est détaillée dans le chapitre III du livre I du Capital[1]. Il s’agit d’un passage essentiel qui fait le lien entre l’étude de la marchandise en général et le détail du procès de production capitaliste, avec la distinction entre capital constant et capital variable, la notion de survaleur, etc. Dans ce passage sur la circulation, Marx montre l’argent dans une situation particulière, qui est un peu différente de celle des marchandises elles-mêmes.

Les marchandises en effet entrent dans la circulation pour en ressortir après un certain nombre d’échanges. À un bout se trouve le producteur, à l’autre  le consommateur, qu’il s’agisse d’un consommateur particulier ou d’un capitaliste qui utilise le produit d’un autre capitaliste, comme l’industriel qui achète du charbon. La marchandise va être lancée dans la circulation, passer par un certain nombre d’intermédiaires puis arriver à sa destination finale.

L’argent qui va permettre la circulation des marchandises en s’échangeant avec elles connaît en revanche un « éloignement continuel » par rapport à son point de départ. Marx écrit :

« La forme de mouvement immédiatement donnée à la monnaie par la circulation des marchandises est donc celle d’un éloignement continuel par rapport à son point de départ, sa course des mains d’un possesseur de marchandises à celle d’un autre, son parcours » (p. 130).

Et il ajoute :

« La monnaie… en tant que moyen de circulation, habite en permanence dans la sphère de la circulation et y vagabonde en permanence » (p. 132).

L’argent signe selon Marx

Autrement dit, alors que la marchandise entre et sort de la circulation continuellement, la monnaie peut y rester très longtemps. Cette monnaie qui reste en permanence dans la circulation, c’est la monnaie sous la forme de l’argent-signe et dans sa fonction de moyen de paiement :

« On peut se demander finalement pourquoi l’or peut être remplacé par de simples signes  de lui-même, dépourvus de valeur. Mais, comme nous l’avons vu, il n’est ainsi remplaçable que pour autant qu’il est isolé ou autonomisé dans sa fonction de numéraire ou de moyen de circulation. Or, l’autonomisation de cette fonction n’a pas lieu pour les pièces d’or singulières, bien qu’elle apparaisse dans la circulation prolongée de pièces d’or usées. Les pièces d’or ne sont simples pièces ou moyens de circulation que tant qu’elles sont vraiment en cours. Mais ce qui ne s’applique pas à la pièce d’or singulière s’applique à la masse minimum d’or remplaçable par le papier-monnaie. Elle habite en permanence dans la sphère de la circulation, fonctionne continuellement comme moyen de circulation, et existe donc exclusivement comme porteur de cette fonction » (p. 145).

La différence faite entre l’or et le papier-monnaie s’explique par ce que nous avons déjà observé, à savoir que la monnaie frappée est déjà en partie une monnaie-signe, mais en partie seulement. C’est cet aspect que Marx souligne en parlant de pièce « en cours » ou « pièce d’or usée ». La monnaie de papier permet d’achever l’évolution que la pièce frappée n’avait fait qu’entamer.

« Dans les jetons monétaires de métal, ce caractère purement symbolique est encore un peu caché. Dans le papier-monnaie, il se manifeste de visu. On le voit : ce n’est que le premier pas qui coûte » (p. 143).

C’est dans la claire dissociation entre monnaie marchandise (la « masse minimum d’or ») et monnaie signe (le papier monnaie qui remplace cet or) que se réalise la possibilité pleinement circulatoire de l’argent, qui ne sert alors qu’à l’échange et n’est que la « figure » [2] de la valeur (p. 131).

Ce maintien de l’argent dans la circulation, s’il peut durer longtemps, n’est pas pour autant éternel. « L’exposition autonome de la valeur d’échange de la marchandise n’est ici qu’un moment éphémère » (p. 145). Dans ce temps éphémère, « l’existence fonctionnelle » de la monnaie « absorbe pour ainsi dire son existence matérielle. Reflet fugitivement objectivé des prix des marchandises, elle ne fonctionne plus que comme signe d’elle-même et peut par conséquent être remplacée par des signes » (p. 146). La distinction faite par Marx entre une « existence fonctionnelle » et une « existence matérielle » de l’argent, la seconde étant « absorbée » par la première, montre bien que c’est seulement dans un rôle particulier, celui de moyen de paiement et d’échange, que la monnaie peut n’avoir qu’une nature particulière (ou « type particulier », pour reprendre notre propre vocabulaire) : celle de monnaie-signe.

La monnaie marchandise

Dans ses autres fonctions qui ne sont pas circulatoires, comme la fonction de réserve de valeur, l’argent n’est pas que signe : il doit être lui-même ce que Marx appellerait une richesse sociale objective, un élément parmi d’autres de ce qui, dans la société, est considéré comme une richesse.

« Il doit apparaître dans sa corporéité d’or (ou d’argent), donc comme marchandise monétaire, donc ni de façon purement idéelle, comme dans la mesure de la valeur, ni susceptible d’être représenté, comme dans le moyen de circulation » (p. 146).

Quand la « série de métamorphoses » (le cycle de l’achat et de la vente) « se trouve interrompue, que la vente n’est pas complétée par un achat suivant » (p. 147), la monnaie se fait trésor et le trésor doit s’incarner dans quelque chose de tangible, de solide, de visible.

Mais le trésor est la forme ancienne de l’immobilisation de l’argent. À l’époque de Marx, un nouveau type de thésauriseur est apparu : le capitaliste industriel. Le capital sous forme argent est retiré de la circulation en étant investit dans les bâtiments et les machines de l’usine – le « capital fixe ». Une autre partie, le « capital circulant », est investie dans les matières premières et les salaires mais se trouve aussi d’une certaine manière retirée momentanément de la circulation générale pendant le temps de la production, même si c’est pour un un temps moins long que pour le capital fixe. Le processus de cette interruption du cycle de la circulation de l’argent pour s’investir dans la production est détaillé par Marx dans les chapitres qui suivent le chapitre III.

Toute monnaie est Capital

Il faut cependant noter ici un point essentiel : c’est que le « retrait » de la circulation dont il est question dans le processus productif n’est que momentané. De fait, le capital circulant ne cesse d’entrer et de sortir des caisses du capitaliste pour acheter la force de travail et les matières premières nécessaires. Même le capital fixe transmet une partie de sa valeur au produit final à mesure que la production se poursuit, et son immobilisation n’est donc que relative. Ce point, cependant, est beaucoup plus visible à notre époque, où la production a banni les stocks et ne jure que par les flux, qu’à celle de Marx où les capitalistes aimaient encore se bâtir de solides usines sur le modèle des châteaux-forts ou des cathédrales.

L’éphémère de l’argent-signe dans la circulation est de l’éphémère durable, puisque la circulation, dans le capital, ne cesse jamais. Mais quand la monnaie quitte la sphère de la circulation, elle trouve une incarnation plus tangible. On n’achète pas avec du rêve les briques qui composent l’usine ou les tonnes d’acier et de charbon qui entrent dans la fabrication du produit industriel.

La vérité sociale objective du signe

Marx ajoute, à propos de la monnaie signe dans la circulation, une précision essentielle : « Le signe de la monnaie a besoin d’avoir sa propre vérité sociale objective ». Autrement dit, la monnaie-signe fonctionne tant que le signe est socialement accepté comme tel par les échangistes : il faut donc une raison pour qu’il en soi ainsi. Comme l’argent signe de papier monnaie est un prolongement de la pièce de monnaie frappée, Marx voit d’abord, dans cette extension, le rôle de l’État souverain, qui détermine arbitrairement « la teneur métallique des jetons de cuivre et d’argent » et, tout aussi arbitrairement, l’équivalent d’or auquel correspond le papier monnaie (p. 143).

Il semble que Marx, en écartant à ce stade de son raisonnement l’examen de la monnaie de crédit, ignore ce fait que ce n’est pas l’État qui garantit la convertibilité de la monnaie papier en or, mais la banque centrale. Or celle-ci, bien que strictement encadrée par les États, est avant tout la banque des banquiers. Le papier-monnaie est une dette et c’est parce que c’est une dette en monnaie marchandise que le public lui accorde sa confiance. Dans la monnaie qui se met en place sous le capitalisme, la dette fait le lien entre la marchandise et le signe. Cet aspect des choses ne deviendra cependant évident qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Il était moins visible à l’époque de Marx, qui pour cette raison limitait la monnaie de crédit à la circulation de reconnaissances de dettes dans la « sphère des grosses transactions commerciales » (p. 158).

Notes

[1] Les citations reproduites dans cet épisode sont extraites de l’édition Quadridge du Capital  : Karl Marx, Le Capital, trad. J.P. Lefèvre, éd. Quadrige PUF, 1993, 940 p. Par commodité, nous donnerons les références des citations par un numéro de page entre parenthèse plutôt que de faire un appel de note à chaque fois.

[2] Jouant ici sur les possibilité de la langue allemande, Marx forge pour l’argent-signe en circulation un mot valise, la « figure-valeur », qui rappelle en s’en distinguant un autre mot employé dans le chapitre 1 : la « forme-valeur ». Le mot traduit par « figure » est un synonyme de forme en allemand. Avec la « forme-valeur », la marchandise monnaie incarne la valeur en en possédant une, alors que dans le cas de la « figure-valeur », la monnaie signe représente la valeur sans en avoir aucune.

 

Série consacrée au Bitcoin, aux crypto-monnaies et à l’argent en général.  Durant l’été, un lundi sur deux à 19 h 17. Prochain épisode le lundi 30 juillet.

Épisode précédent: La monnaie des débuts du capitalisme

Épisode suivant: Le monnaie selon Marx, seconde partie

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