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RIC ou Révolution?

Temps de lecture estimé : 7 minutes

Nous l’écrivions il y a quelques jours dans un texte qui a tourné: le RIC est une porte de sortie pour le pouvoir. Aujourd’hui, cette affirmation se vérifie. Les médias nous font bouffer du RIC matin, midi et soir. Pour autant, et en réalité nous le savons tous, rentrer chez nous avec le RIC, c’est retourner au chagrin, sans rien de plus dans le frigo. Mais alors, que faire? Que proposer, vers où aller?

Le RIC est une porte de sortie pour le pouvoir. Car on le sait bien, au final : le pouvoir ne nous donnera rien sur le terrain social. Ce qu’il nous a concédé jusqu’ici de plus gros est invisible, n’est pas une mesure en positif, c’est simplement le gel des prochaines mesures contre nous, suspendues le temps du mouvement.

C’est aussi une porte de sortie pour la partie du mouvement qui a peur d’elle-même, de ce qu’elle pourrait être amenée à faire pour gagner. Car la question que tout le monde se pose, c’est celle-là: jusqu’où devrons nous aller pour nous faire entendre, pour vivre mieux?

Ce mouvement est dur. Les Gilets jaunes ont arrêté les voitures et camions en faisant barrage  comme ils ont pu, parfois avec leurs corps. Quiconque est allé sur les ronds points le voit bien, le danger est présent, bien qu’on l’oublie, à se faire frôler par des voitures toute la journée. Dés le premier jour, une femme est morte. Le bilan s’est considérablement alourdi depuis. Et cela risque d’empirer, notamment car la police est d’une rare violence. Déjà, à Marseille, une vieille dame est morte, heurtée au visage par une grenade lacrymogène.

Ce mouvement est très violemment réprimé. Le pouvoir en place n’a pas hésité à menacer de mort les participants aux manifestations. Autoriser une manif tout en menaçant de mort ses participants est assez inédit comme pratique!

Mais ce mouvement tient. Les participants aux blocages sur les ronds points, aux manifs, ont tenu quand même. Malgré la répression, malgré les menaces, les amendes, les coups, les peines de prison ferme, les gilets jaunes ont tenu. Et dans ce climat tendu, nous avons avancé. Occupé la rue, mené des actions coups de poings… Jusqu’à faire trembler Macron.

Alors, le vertige?

Quand on en arrive là, le geste de révolte qui est à l’initiative de ce mouvement reste comme suspendu, pris de vertige devant l’ampleur de sa portée. Car finalement, les mouvements sociaux, y compris 36 ou 68, se sont arrêtés, empochant des améliorations sociales. On pourrait causer de ce bilan, savoir si les mouvements d’alors ne se sont pas fait avoir, mais ce n’est pas le sujet. Ce mouvement n’a pas le luxe de cette question, il n’a rien obtenu, ou si peu,  de la poudre de perlimpinpin. Il n’y a pas de « grain à moudre ». Nous avons face à nous une porte fermée à double tour. Les possédants ont jeté la clé. Pour sortir de notre cage, il faudra la fracasser: cela s’appelle une révolution. Et elle fait peur. On nous l’a tellement matraquée, qu’une révolution était dangereuse! Tous les moments de remise en cause du pouvoir produisent de la peur. En 68, on appelait ça « le bloc de la trouille ». C’est une réaction logique, il s’agit d’un saut dans l’inconnu.

Le RIC est alors apparu, comme un moyen de s’épargner la révolution, plébiscité par nombres de gilets jaunes. Et sur le papier, on comprend cet enthousiasme. Un moyen de reprendre le contrôle à la base, sans risquer les coups de matraques, la répression. Le problème, c’est que les mêmes conditions qui font que nous n’avons rien obtenu jusqu’à présent conduisent aussi à penser que le RIC ne changerait rien: la classe possédante est prête à tout pour conserver son pouvoir social.

Que s’est il passé dans les autres pays?

En Grèce, les gouvernements ont valsé. Les politiciens ont tous préféré démissionner qu’en finir avec l’austérité. Puis est arrivée l’alliance entre Syriza et ANEL, c’est-à-dire entre nationaliste et extrême gauche. Et… Ils ont lâché comme les autres!

Pourtant, les grecs avaient répondu non au référendum sur l’austérité. Un référendum proposé par le gouvernement lui-même, mais qu’il n’a pu respecter. On retrouve des situations similaires en Argentine, en Espagne… Pourquoi? C’est une question de force. Le pouvoir du capital, de l’argent, est une immense force.  Face à lui, l’indignation, l’appel à la pitié n’est rien.

Songeons à la gravité terrestre qui tire tout corps vers le bas. Pour la contrer, on peut se plaindre tant qu’on veut, il nous faudra utiliser nos muscles, nous mettre en mouvement. Les muscles de cette société, ce sont les millions de prolos. La seule force capable de s’opposer à celle du capital, la voici. En temps normal, cette force est allongée, rivée au sol par le capital, qui la pompe comme un vampire. Avec ce mouvement, elle s’assoie et fait trembler le pouvoir. Reste à nous mettre debout: c’est la seule position d’où un combat peut être gagné. Et ce combat, nous n’en ferons pas l’économie.

En haut ils ne peuvent plus

Nous l’écrivions plus haut. La réalisation la plus importante du mouvement, c’est d’avoir stoppé les mesures contre nous pour un temps. Mais l’agenda est toujours là. Ce n’est pas par malveillance que les gouvernants nous imposent leur sales attaques. C’est parce qu’ils défendent le profit. Nous sommes à l’heure du flux tendu. A l’heure de l’austérité sans limite. A l’heure du grand appauvrissement.

Une époque du capitalisme où celui-ci n’a plus rien à lâcher. Ils n’arrivent même pas à nous donner trois sous sur le SMIC! Nous l’écrivions au sujet du Brésil il y a peu, ce système  vieux de deux siècles s’accroche à la vie avec la rage de la sénilité, ses mains serrées telles des griffes autour de notre cou. La prochaine crise approche et eux le savent. Toute mesure prise pour desserrer l’étau où nous sommes pris la précipitera. Précipitera les faillites, les krachs boursiers. Alors, tout est bon pour gagner du répit, gratter encore des bénéfices.

En bas nous ne voulons plus.

Nous sommes à bout. On a beaucoup parlé de goutte d’eau faisant déborder le vase. Mais ce n’est pas un vase, c’est un océan, où nous sommes en train de nous noyer ! Alors nous sommes tombés dans la rue et nous nous sommes aperçus que nous étions des millions. Que nous refusions d’avoir peur quand le pouvoir nous menaçait de mort. Que nous voulions continuer. En nous défiant de tous les représentants, toutes les instances à même de nous trahir. Mais nous en avons oublié une : nous-même. Car dans ce mouvement désespéré, le RIC est apparu comme une dernière planche de salut, un sursaut d’espoir.

Défions nous de l’espoir. L’espoir est une drogue qui intoxique. Qui amène à l’attente, que finalement tout s’arrange. Qu’on pourrait rentrer à la maison et attendre que tout aille mieux. Cela marche dans les fables. Mais dans ce monde-là, non. Dans ce monde, il nous faudra nous battre. Dans ce monde, les capitalistes n’auront que faire de nos votes s’ils ne vont pas dans leur sens. Souvenons-nous du Chili d’Allende, du coup d’état de Pinochet qui marque la fin de la tentative de réforme sociale.  Souvenons-nous que chaque fois qu’on a dit aux exploités qu’il pouvait faire confiance en la démocratie, ils ont été écrasés. On nous dit que le RIC nous permettrait de faire passer les lois que nous voulons. Rappelons que ceux qui possèdent ce monde ne respectent pas ces lois. Rappelons que le passage de la démocratie à la dictature peut-être très rapide, si nous touchons aux intérêts des puissants. Et demandons-nous si le RIC nous protègera de la répression.

Alors, nous en appelons à tous les partisans du mouvement.  Toutes celles et ceux qui se sont levés, et qui dans la lutte se sont retrouvés. Et nous leur disons: ne nous arrêtons pas, RIC ou pas RIC. Ayons confiance en nous-même. Seuls les exploités ont les ressources pour stopper la catastrophe en cours. Nous sommes face à un monstre à plusieurs visages. Celui de la misère, de l’exploitation, de la destruction de ce monde. Il a pour nom capital, et grandit à chaque minute en dévorant nos vies. Nous ne le stopperons pas avec des bulletins de vote.

La révolution, le mot est vertigineux, comme un pic immense qui touche le ciel. Mais de la haut, les étoiles sont plus proches, et l’air est pur. Alors ne cédons pas à la peur et au repli. Parlons d’amplifier le mouvement. Reprenons les ronds points. Explorons les pistes de l’extension de ce mouvement, comme celle de la grève. Elle fait son chemin, cette question. C’est que là ou elle est posée par les salariés, les patrons tremblent.

Osons lutter. Osons vaincre.

L’article en format tract pour la diff:

 

 

 

 

 

 

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7 Commentaires

  1. La révolution ? Qu’appellez-vous révolution ? Une révolution ? Quelle révolution ? Celle des printemps arabes (pour prendre un exemple récent) ? Non ? Alors elle mettrait quoi en place cette fois ?
    J’ai lu aussi votre article sur le Non à la RICupération mais je pense que c’est un outil qui peut servir à ne pas quémander tout le temps dans la rue, que ce soit pour freiner ou stopper des mesures ou pour véritablement obtenir des avancées sociales auprès du Président ou du Monarque…
    Avec un mauvais système, des tonnes de lois passent en notre défaveur, et même parfois PENDANT une période mobilisation et peut-on être tous les jours dans la rue ?? Le gouvernement et les élus sont payés pour faire de la politique tous les jours, pas nous, et ils sont conseillés par des gens payés, aidé par des lobbistes payés pour aller + vite… Pour tenir, doit-on demander des indemnités pour les jours de grève comme ont demandé le LKP en Guadeloupe il y a environ 10 ans ?
    Il nous faut des solutions à long terme et des réflexions pour le long terme, avancer tête baissée vers une révolution je doute que ce soit une bonne idée.. les révolutions précédentes en France n’ont pas porté tous les fruits attendus il me semble…
    Alors peut-être que ni hausse du SMIC et réforme sur les retraites ni RIC ne sont suffisants…
    Mais je pense que le RIC doit être inscrit dans la loi comme décidé et écrit par les gilets jaunes… et que d’autres réformes de notre société pour la justice sociale ET notre pouvoir démocratique doivent suivre…
    À moins que vous vouliez qu’on accepte ce pouvoir autoritaire ??
    Et si la rue nous rend fort en nous voyant réunis ensemble, et si la rue permet les réflexions, alors gardons effectivement AUSSI ce pouvoir le temps d’avancer sur ce chantier qu’est la France, jusqu’à être déjà satisfaits… mais ne restons pas dans la rue juste dans l’espérance d’une révolution, plutôt dans l’espérance d’évolutions..

    • Nous ne proposons pas d’espérer. Nous proposons d’agir. Nous ne voulons pas accepter ce pouvoir autoritaire :nous disons plutôt qu’il n’est pas réformable! Les référendums ne sont pas écoutés lorsqu’ils ne vont pas dans le sens des possédants: voyez la Grèce, dernier exemple en date.

  2. Encore la même réaction contre le RIC que l’on peut lire ici et là, et comme ailleurs il manque la proposition de solution qui va avec le problème évoqué.

    Pour rappel la demande unique du RIC pour remplacer la liste de revendications est le résultat d’une stratégie réfléchie qui consiste à avoir une revendication unique qui évite que le pouvoir puisse donner les 2-3 qui ne changent rien et dire qu’il a répondu aux demandes des gilets jaunes et que ceux qui ne rentrent pas chez eux alors que le pouvoir a répondu à leurs demandes sont des fauteurs de troubles qui ne sont pas légitimes et les faire taire par la force.

    L’idée est d’anticiper sur cette manipulation an ayant une revendication unique de laquelle puisse naître toutes les autres, le RIC est censé pouvoir répondre à cette stratégie et permettre dès sa mise en place d’obtenir la révocation de Macron, la réforme des médias pour réduire autant que possible la manipulation de l’opinion, l’annulation de la dette, la mise en place d’une politique qui s’attaque à la problèmatique climatique, retour de l’ISF, fin de l’évasion fiscale et généralement un renversement de la politique macronienne pour rééquilibrer le gouffre entre ultra riches et les autres.

    Faute d’avoir quelque chose à proposer comme revendication unique à la place du RIC qui permette d’appliquer une telle stratégie, ça ne fera que diviser encore plus au sein des gilets jaunes.

    Je vous rejoins, le RIC n’est peut-être pas magique et comme dit Ruffin:  » votre idée, ils vont vous la détourner, la retourner, la biscorner, l’atténuer, la modérer, la rabougrir, la réduire, et à la fin, si vous ne luttez pas, pied à pied, il ne restera qu’un machin. C’est une caste. Elle tient le pouvoir. Elle y tient. Elle ne le lâchera pas, même des miettes. C’est à vous de le prendre. » mais faute d’avoir autre chose à proposer, au lieu de tirer à boulets rouges dessus, je soutiens ça et on verra le résultat, si ça n’aboutit pas on essayera autre chose et encore et encore jusqu’à obtenir enfin une chance de vivre en surmontant l’obstacle de l’urgence climatique.

    Si on y arrive pas, l’urgence climatique nous rattrapera dans tous les cas et ça s’arrêtera là par la force des choses.

  3. le RIC c’est de la foutaise, un emplâtre sur la jambe de bois du parlementarisme pourri, c’est une revendication typique de la petite bourgeoisie qui cornaque depuis le début le mouvement dans cette impasse. Le mot d’ordre qui détruit l’argument de tous les adorateurs bêlants du RIC c’est : Macron dégage! Et il aura beau roucouler auprès de Priscilla, tenir ouvert le guichet de Bercy, promettre tel référendumcacahuète, il devra partir, et vous n’avez rien compris à la situation, vous vous traînez derrière un mouvement plus intelligent que vous et qui n’a que faire de connards comme le réac Chouard et la girouette Lalanne!

  4. Je suis complètement d’accord avec l’article. Et avec votre démarche que je salue. La plupart des médias révolutionnaires proposent davantage des analyses du mouvement des gilets jaunes à destination des militants révolutionnaires que des réflexions « stratégiques » à partager avec les gilets jaunes.
    Bref c’est juste un message d’encouragement !

    • Merci! Le problème c’est que les médias militants s’adressent avant tout à un lectorat réduit, reflet de leur milieu. Notre ambition, et on en est loin, est de nous adresser au mouvement. Car nous pensons que c’est dans le mouvement que les questions révolutionnaire doivent se poser, pas comme des commentaires a la marge!

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